@ThebrainDavidi
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Pragmatique.Partisan de la pensée nuancée. Scientifique donc croyant. 🇹🇬🇬🇭🇪🇸🇫🇷🇨🇦
Ile-de-France, France
Joined August 2021
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L’homme est un paradoxe vivant. Capable du pire comme du meilleur, il porte en lui une lumière fragile et une ombre tenace. Sa complexité ne tient pas seulement à ses contradictions, mais à sa conscience : il sait qu’il peut faillir, et pourtant il aspire au bien.
La morale naît de cette tension. Elle tente d’ordonner le chaos intérieur, de tracer une ligne entre ce qui élève et ce qui abaisse. Mais aucune règle n’épuise la richesse d’une vie humaine. La morale éclaire, elle ne remplace ni le discernement ni la compassion.
La religion, pour beaucoup, offre un cadre, un récit, une espérance. Elle rappelle que l’homme n’est pas seulement matière et calcul. Pourtant, lorsqu’elle oublie l’humilité et se croit absolue dans ses interprétations, elle peut diviser là où elle voulait unir. Ses limites sont celles des hommes qui la portent.
La tolérance ne consiste pas à tout approuver, mais à reconnaître la dignité de celui qui pense autrement. Elle exige une force intérieure : accepter que l’autre ne soit ni une menace ni une erreur, mais un mystère semblable à soi.
Aimer son prochain n’est ni naïveté ni faiblesse. C’est choisir, malgré les différences et les blessures, de voir en l’autre un reflet de notre commune humanité. C’est peut-être là, dans cet effort quotidien, que l’homme dépasse ses propres limites et s’approche de ce qu’il cherche depuis toujours : une paix qui commence en lui et s’étend aux autres.
quand un pote qui ne t'a pas dit UN mot pendant plus de 10 ans et t'envoie un Whatsapp pour te dire qu'il vient de sortir un livre (de développement personnel)...
When I step up in the place, ayo, I step correct
Woo-hah! I got you all in check 🎶🎶🎶
youtu.be/EQzvQO2LcA4
Here comes da brand new flava in ya eaaaaar 🎶🎶
youtu.be/PMbELEUfmIA
Guy Marius Sagna qui reprend cette phrase stupidissime :
"Le FMI n'a jamais développé un pays".
🤦🏾♂️🤦🏾♂️🤦🏾♂️
Le Déclin de la Pensée Critique et la Montée de la Stupidité Collective
youtube.com/watch?v=ZPq3y4EL…
La solidarité ne consiste pas seulement à garantir la survie matérielle immédiate...elle consiste aussi à donner aux enfants des classes populaires accès à ce qui est normalement réservé aux plus aisés : culture, loisirs, sport, grands événements.
Cela permet de réduire l’exclusion culturelle et sociale, souvent avec un effet de motivation, de découverte du sport et de sentiment d’appartenance.
Bosser dans l'IT + être pragmatique et rigoureux + bosser avec des gens plein d'assurance et aucune connaissance = 💥 cocktail explosif 💥
Non...Un programme FMI et une restructuration de dette sont deux choses différentes.
L’accord conclu hier est un programme de financement et d’ajustement macroéconomique avec le FMI.
Une restructuration concerne les créances existantes et modifie leurs conditions : maturités, taux, principal, etc...
Le programme FMI peut préparer, encadrer et accompagner la restructuration. Il n’est pas la restructuration.
Si le programme signé hier était déjà la restructuration, le Sénégal n’aurait plus à solliciter un traitement de sa dette...comme l’indique le FMI.
nitter.cf/AkimeMilele/stat…
Pas vraiment....le FMI vient justement de confirmer que le Sénégal a l’intention de solliciter un traitement de sa dette afin d’en rétablir la viabilité.
L’accord avec le FMI ne signifie pas "pas de restructuration". Il constitue plutôt l’étape qui permet d’encadrer et d’engager le traitement de la dette à venir.
L'accord FMI n'équivaut pas à un abandon de la restructuration. C’est plutôt le début de la séquence, le préalable.
nitter.cf/Ndiayetrust/stat…
Finalement, Cheikh Diba a eu son accord sans restructuration avec le FMI
imf.org/fr/news/articles/202…
Il parait que c'est Jacques Bénigne Bossuet qui disait :
« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes.»
Dans un pays comme le Sénégal ou tout est à construire...les réseaux d'évacuation des eaux pluviales, les routes, les écoles, les hôpitaux...etc... une telle proposition, baisser les impôts sur le revenu de 20 à 30 points, est pour moi une aberration. C'est indéfendable dans le contexte actuel sénégalais.
Le Sénégal a aujourd’hui un problème de recettes publiques très insuffisantes, d’assiette fiscale étroite et de finances publiques très contraintes. Dans ce contexte d'endettement de plus de 130% du PIB, les recommandations porteraient plutôt sur l’élargissement de l’assiette fiscale (le secteur informel pour ne citer que lui), la réduction des exonérations et l’amélioration du recouvrement.
nitter.cf/AThiamCox/status…
Je continue à penser qu’une mesure populiste/populaire/logique serait de baisser l’IR à 10% pendant une période de 10x ans.
Énorme augmentation salariale pour les salariés existants. Baisse du coût employeur ou augmentation du net pour les recrutements à venir. Moins de barrière à la formalisation d’emplois.
On dit que l’emploi & la formalisation de l’économie sont 2x priorités absolues. Est-ce le bon endroit où taxer autant?
Créons plus d’emplois formels et rehaussons progressivement l’IR dans le temps.
Si cette opinion est une bêtise, preneur de tout contre argument. @AbdouNdiayeNYU
Je suis d'accord sur le fait de ne pas mettre les normes en concurrence et je l'ai déjà dit/écrit... Mais débattre n'implique pas nécessairement de mettre quoi que ce soit "en situation de concurrence normative".
On peut tenir la norme pour acquise : "la xénophobie est condamnable, point"....et soumettre à la contradiction le raisonnement de celui qui y adhère : "Tu généralises sur des millions de Guinéens à partir de quelques expériences personnelles. Sur quoi repose ce raisonnement ?"
Dans ce cas, la dignité des Guinéens n'est pas l'objet du débat. Ce sont les arguments invoqués pour la nier qui le sont.
Et surtout, analyser une idéologie et convaincre celui qui y adhère sont deux exercices différents.
On peut parfaitement analyser la xénophobie à propos des xénophobes. Mais si l'ambition est aussi de faire changer d'avis ceux qui le sont, il faudra bien, à un moment, passer de parler d'eux à parler avec eux.
Maintenant, si l'objectif d'un space est uniquement de s'indigner entre gens qui pensent la même chose, il n'y a aucun problème.
Mais si l'objectif est d'essayer de faire reculer la xénophobie, je ne vois pas bien en quoi le fait de refuser le débat est d'une quelconque efficacité.
Quant à "ne pas leur offrir une tribune", l'argument a ses limites. Une tribune suppose qu'on offre à quelqu'un un espace pour diffuser son discours sans véritable contradiction. Un contradicteur n'est pas un porte-voix. Dans un Space consacré précisément à la xénophobie, laisser quelqu'un formuler un préjugé pour pouvoir le "démonter" publiquement, ce n'est pas nécessairement lui offrir une tribune : c'est aussi exposer ce préjugé à la réfutation devant les mêmes personnes qui viennent de l'entendre.
nitter.cf/Turnsoleil22/sta…
🚨Débattre ou ne pas débattre avec un xénophobe ?
Hier soir, j’ai assisté à un Space (saboté à deux reprises par les Guinéens...LOL...puis repris en main par @sergehopejordan ) consacré à la montée de la xénophobie au Sénégal, notamment à l’encontre des Guinéens.
L’écrasante majorité des intervenants condamnait cette xénophobie, et c’est évidemment heureux.
Puis une ou deux personnes ont pris la parole pour exprimer un avis différent (de manière plus ou moins explicite). Elles prétendaient notamment fonder leur perception des Guinéens sur des expériences personnelles vécues à Dakar.
Presque immédiatement, une grande partie du Space a demandé qu’on leur coupe la parole.
"Pourquoi donner une tribune aux xénophobes ?"
"Ces propos sont inadmissibles."
"On n’a pas à débattre de cela."
Je comprends parfaitement le réflexe....mais je pense que c’est une erreur.
Et peut-être même l’une des raisons pour lesquelles nous avons parfois, collectivement, tant de mal à combattre réellement les préjugés quels qu'ils soient.
Condamner la xénophobie entre personnes qui condamnent déjà la xénophobie est nécessaire. Cela permet de rappeler une norme morale, de manifester une solidarité avec ceux qui en sont victimes et de tracer les limites de ce qu’une société considère comme acceptable.
Mais cela ne suffit pas à combattre les xénophobes, car une idéologie n’existe pas dans le vide.
La xénophobie n’est pas une abstraction flottant quelque part au-dessus de la société. Elle existe parce que des êtres humains la pensent, la répètent, la transmettent, la rationalisent et parfois finissent par agir en fonction d’elle.
Si nous voulons faire reculer une idée, il faut donc aussi nous intéresser aux mécanismes qui conduisent des individus à y adhérer.
Et pour cela, à un moment ou à un autre, il faut les entendre. Entendre n’est pas approuver. Écouter n’est pas légitimer. Laisser quelqu’un terminer une phrase n’est pas lui donner raison.
Débattre d’une idée n’implique pas de considérer cette idée comme respectable.
Au contraire, c’est précisément parce qu’une idée nous paraît fausse, dangereuse ou moralement condamnable qu’il peut être utile d’en exposer publiquement les ressorts et les contradictions.
Imaginons qu’un Sénégalais dise :
"J’ai vécu telle et telle expérience avec des Guinéens à Dakar et c’est pour cela que je me méfie d’eux."
La réponse intellectuellement intéressante n’est pas nécessairement de lui couper le micro.
C’est peut-être de lui demander :
Combien de personnes avez-vous rencontrées ?
Pourquoi l'expérience négative que vous avez eue avec trois, dix ou vingt individus vous autoriserait elle à tirer une conclusion sur plusieurs millions de personnes ?
Lorsque vous avez une mauvaise expérience avec un Sénégalais, en déduisez vous quelque chose sur tous les Sénégalais ?
Retenez-vous avec la même intensité vos expériences positives avec des Guinéens ?
Comment distinguez vous ce que vous avez réellement observé de la généralisation que vous en avez tirée ?
Et surtout : qu'est-ce qui permet de passer de "certains individus avec lesquels j'ai eu affaire se sont mal comportés" à "les Guinéens sont ainsi" ?
C’est là que commence le travail, parce qu’on ne combat plus seulement la conclusion xénophobe...on démonte le chemin intellectuel qui y conduit. Et ce chemin est intéressant à connaître, précisément parce qu’il peut être emprunté par beaucoup d’autres.
Une expérience personnelle peut être parfaitement réelle tout en produisant une conclusion complètement fausse. Dire cela à quelqu’un est beaucoup plus puissant que de lui dire simplement :
"Tais toi, tu es xénophobe."
Car si je lui coupe la parole, il repart avec exactement les mêmes convictions qu’en arrivant, auxquelles vient éventuellement s’ajouter une conviction supplémentaire :
"Ils refusent de m’écouter parce qu’ils n’ont aucune réponse à ce que je dis."
Et il ira raconter son histoire ailleurs, dans un autre Space, dans un groupe WhatsApp, dans son quartier, à ses amis, à ses enfants peut-être...
La parole que nous avons refusé d’entendre n’a pas disparu parce que nous avons coupé le micro...elle a simplement quitté la pièce.
C’est un problème récurrent de ce que j’appellerais "la tentation de la pureté militante" : confondre un espace débarrassé des idées que l’on combat avec une société débarrassée de ces idées.
Ce sont deux choses radicalement différentes.
On peut parfaitement construire un Space dans lequel 100% des participants condamnent la xénophobie alors que, dehors, celle-ci continue de progresser.
On aura gagné le Space. On n’aura convaincu personne.
Le confort de l’unanimité peut même produire une illusion dangereuse : celle de croire qu’une idée est marginale simplement parce qu’on a exclu de notre espace ceux qui la pensent. Mais faire taire une opinion ne signifie pas nécessairement la faire disparaître. Très souvent, elle devient simplement moins visible pour nous.
L’histoire politique, religieuse et sociale regorge d’idées qui ont continué à circuler clandestinement, dans les familles, les communautés, les cafés, les lieux de culte, les cercles militants ou aujourd’hui les groupes privés et les algorithmes, alors même qu’elles étaient devenues socialement inavouables dans certains espaces publics.
Le silence apparent n’est donc pas toujours une victoire. Il peut aussi être une ignorance de ce qui fermente.
Il existe par ailleurs quelque chose qui me gêne profondément dans notre manière de parler de ceux qui deviennent xénophobes. La xénophobie repose précisément sur un mécanisme de réduction de l’être humain. On ne voit plus Ibrahima, Fatoumata ou Mohamed avec leur histoire, leurs qualités, leurs défauts et leur individualité. On voit "le Guinéen" : une catégorie. Puis on lui attribue les caractéristiques supposées de cette catégorie. C’est cela qu’il faut combattre.
Mais prenons garde dans notre réaction à ne pas reproduire une mécanique intellectuelle comparable en transformant celui qui tient un propos xénophobe en une essence définitive :
"Le xénophobe". Comme s’il était né ainsi. Comme s’il n’avait aucune histoire. Comme si ses opinions n’avaient aucune cause. Comme si aucune expérience, aucune peur, aucune manipulation politique, aucune rumeur, aucun ressentiment économique, aucun biais cognitif n'avait participé à leur formation.
Et surtout comme s’il était impossible de le faire changer d’avis.
Ce n’est évidemment pas mettre sur le même plan la victime de xénophobie et celui qui tient des propos xénophobes. Les actes et les responsabilités ne sont pas équivalents.
C’est simplement refuser l’idée que l’être humain qui se trouve en face de nous se résume définitivement à l’opinion détestable qu’il exprime aujourd’hui.
Sinon, à quoi sert la politique ? À quoi sert le débat ? À quoi sert l’éducation ? À quoi sert le militantisme ?
Et il y a, à mes yeux, une contradiction particulière à invoquer l’éducation comme l’un des principaux remèdes à la xénophobie tout en refusant catégoriquement le débat avec ceux qui en sont déjà imprégnés.
Car qu’est-ce qu’éduquer, au fond, sinon essayer de faire évoluer une représentation, corriger une erreur, transmettre des connaissances, confronter une intuition à des faits, apprendre à distinguer une expérience particulière d’une vérité générale ?
On ne peut pas affirmer d’un côté que "la solution, c’est l’éducation" et considérer de l’autre que dès qu’un adulte exprime effectivement le préjugé que cette éducation est censée combattre, il n’y aurait plus rien à lui dire.
L’éducation ne peut pas être seulement un principe abstrait que l’on invoque pour les générations futures. Elle doit aussi être une pratique à destination de ceux qui sont déjà là, avec leurs préjugés, leurs erreurs, leurs ressentiments et parfois leurs haines.
Évidemment, un débat sur X n’est pas une salle de classe et personne n’a vocation à infantiliser son interlocuteur. Mais le principe reste le même : si nous croyons réellement qu’un être humain peut apprendre, comprendre, remettre en cause un raisonnement et modifier son jugement, alors nous devons accepter qu’une partie du combat se déroule précisément au contact de ceux qui ne pensent pas encore comme nous.
Sinon, "l’éducation" devient une formule confortable : on veut éduquer les xénophobes, à condition de ne jamais avoir à leur parler.
Si nous considérons que quelqu’un qui pense mal aujourd’hui est définitivement perdu, alors nous avons implicitement renoncé à le convaincre. Et si notre projet consiste seulement à réunir ceux qui pensent déjà comme nous, nous ne faisons plus vraiment de persuasion. Nous faisons de la consolidation. Elle est parfois nécessaire. Mais elle ne suffit pas à transformer une société.
Il faut également distinguer deux choses que nous mélangeons beaucoup : comprendre et justifier.
Chercher à comprendre pourquoi une personne devient xénophobe ne signifie absolument pas justifier sa xénophobie. Lorsqu'un médecin cherche le mécanisme d'une maladie, il ne fait pas l'apologie de la maladie. Il cherche comment agir dessus.
De la même manière, si dix Sénégalais nous disent qu’ils ont développé une hostilité envers les Guinéens pour telle ou telle raison, même si leurs conclusions sont absurdes, injustes ou moralement condamnables, je veux connaître ces raisons. Parce que c’est précisément là qu’il faut intervenir.
S’agit-il de concurrence économique ? De logement ? De rumeurs ? De faits divers transformés en généralités ? De tensions de voisinage ? D’un discours politique ? D’une représentation historique ? D’algorithmes qui amplifient certains contenus ? D’expériences personnelles ensuite généralisées à tout un peuple ?
On ne peut pas déconstruire efficacement un raisonnement dont on refuse de connaître la construction.
Un autre argument avancé hier était celui de l’illégalité : puisque certains propos xénophobes peuvent tomber sous le coup de la loi, il n’y aurait même pas lieu de les entendre ou d’en débattre.
Là encore, je ne suis pas convaincu.
Que quelque chose soit illégal nous renseigne sur la réponse que la société et la justice peuvent apporter à certains actes ou propos. Cela ne nous dispense pas de chercher à comprendre pourquoi un individu en est arrivé là, ni de lui parler.
Nous faisons d’ailleurs spontanément cette distinction dans notre vie quotidienne.
Imaginons qu’un frère, une sœur, un ami ou un parent nous avoue avoir commis quelque chose d’illégal. Est-ce que notre première réaction sera nécessairement de lui dire : "Ce que tu as fait est interdit par la loi, je refuse donc désormais d’entendre la moindre explication" ?
Pas forcément.
Nous pouvons condamner ce qu’il a fait. Nous pouvons lui dire qu’il a tort. Nous pouvons considérer qu’il doit en assumer les conséquences. Nous pouvons même, selon la gravité des faits, prendre nos distances avec lui.
Mais nous pouvons également lui demander : "Pourquoi as-tu fait ça ? Comment en es-tu arrivé là ? Est-ce que tu comprends ce que tu as fait ?"
Et personne ne considérerait que le simple fait de poser ces questions revient à approuver son acte.
Pourquoi en irait-il nécessairement autrement lorsqu’il s’agit d’une opinion ou d’un préjugé moralement condamnable ?
Le droit peut fixer une limite. Il ne peut pas remplacer le travail social, intellectuel et humain qui consiste à comprendre pourquoi des individus franchissent cette limite.
Et surtout, la sanction et la persuasion ne répondent pas exactement à la même question.
La sanction dit : "Voilà ce que notre société n’accepte pas."
La persuasion demande : "Comment faire pour que tu ne veuilles plus le penser ou le faire ?"
Une société a parfois besoin de la première. Mais si elle renonce totalement à la seconde, elle risque de produire des individus qui ont simplement appris à se taire en public sans avoir changé d’avis en privé.
Bien sûr, il faut des limites. Débattre ne signifie pas laisser proférer des menaces, harceler des personnes, appeler à la violence ou transformer un Space en défouloir raciste. La modération est nécessaire.
Et tout contexte ne se prête pas au débat : une victime agressée n’a évidemment aucune obligation de débattre avec son agresseur, et personne n’a individuellement le devoir d’offrir son temps ou sa tranquillité à quelqu’un qui le méprise. Mais dans un espace précisément consacré à comprendre et combattre la montée de la xénophobie, entendre un xénophobe exposer son raisonnement peut avoir une utilité considérable. Pas pour lui offrir une tribune complaisante. Pour le confronter. Question après question. Fait après fait. Contradiction après contradiction.
Et peut-être qu’il ne changera pas d’avis. Mais parmi les centaines de personnes qui écoutent, certaines partagent peut-être silencieusement une partie de ses préjugés. Ce sont elles aussi que le débat vise.
Voilà quelque chose que nous oublions souvent : dans un débat public, l'interlocuteur que l'on cherche à convaincre n'est pas toujours celui qui tient le micro. C’est aussi celui qui écoute. Celui qui hésite. Celui qui commence à généraliser. Celui qui a vécu une mauvaise expérience et se demande s’il doit en tirer une conclusion sur tout un peuple. Celui qui n’oserait jamais prendre la parole mais qui pense : "Moi aussi, j’ai remarqué ça."
Si personne ne formule publiquement le préjugé, personne ne peut publiquement montrer pourquoi le raisonnement est faux. Et cet auditeur silencieux repart avec sa question intacte.
Je préfère mille fois qu’un préjugé soit formulé devant des contradicteurs capables d’y répondre plutôt qu’il prospère tranquillement dans des espaces où personne ne le contestera.
Il faut évidemment protéger les personnes visées. Il faut évidemment condamner les discriminations. Il faut évidemment sanctionner les actes lorsqu’ils franchissent la limite de la loi. Mais entre la complaisance et la censure réflexe, il existe quelque chose.
Cela s’appelle la confrontation intellectuelle.
Une société démocratique doit être suffisamment sûre de ses principes pour pouvoir entendre les arguments de ceux qui les contestent et leur répondre.
La lutte contre la xénophobie ne peut pas seulement consister à proclamer, entre personnes convaincues, que la xénophobie est mauvaise. Le véritable défi commence lorsqu’un homme nous dit :
"Moi, je pense cela des Guinéens, et voilà pourquoi."
À ce moment-là, nous avons deux possibilités. Lui couper le micro et conserver notre unanimité. Ou lui répondre. Je préfère la deuxième.
Non parce que toutes les opinions se valent. Précisément parce qu’elles ne se valent pas. Et parce que lorsqu’une idée est fausse, injuste et dangereuse, je veux être capable de montrer pourquoi...y compris, et peut-être surtout, devant celui qui y croit.
Combattre une idéologie, ce n’est pas seulement savoir dire qu’elle est mauvaise. C’est comprendre pourquoi elle séduit. Savoir où elle naît. Identifier de quoi elle se nourrit. Être capable de réfuter les raisonnements qui la soutiennent. Et continuer à considérer ceux qui y succombent comme des êtres humains capables, au moins potentiellement, de changer d’avis.
Parce qu’au bout du compte, l’objectif n’est pas d’avoir le Space le plus pur. L’objectif est qu’il y ait moins de xénophobes demain qu’aujourd’hui.