Inouss 🎙️ (@InoussEnParle) header
Inouss 🎙️ (@InoussEnParle) profile picture

Kassa bia Kassa! Toute parole est parole. Qui veut parler doit parler clair et vrai. Podcast disponible partout. #InoussEnParle #PressingCitoyen

Joined June 2024
Photo by Inouss 🎙️ (@InoussEnParle)Photo by Inouss 🎙️ (@InoussEnParle)Photo by Inouss 🎙️ (@InoussEnParle)Photo by Inouss 🎙️ (@InoussEnParle)Photo by Inouss 🎙️ (@InoussEnParle)Photo by Inouss 🎙️ (@InoussEnParle)Photo by Inouss 🎙️ (@InoussEnParle)Photo by Inouss 🎙️ (@InoussEnParle)Photo by Inouss 🎙️ (@InoussEnParle)Photo by Inouss 🎙️ (@InoussEnParle)
Kassa Bia Kassa! Qui veut parler doit parler clair et vrai. Vous voulez suivre les épisodes du Podcast @InoussEnParle, RDV sur inousskangoute.com et abonnez-vous à notre page YouTube : youtube.com/@inoussenparle?f… Nous avons beaucoup de choses à dire. #InoussEnParle
1
1
5
4,714
Champi, faut te po. Pas sur la chaise en plastique, elle est réservée aux victimes. Toi, tu es spectateur d'abord. À Babi, on avait le 8 américains et le Djemss au Gbatta. Maintenant, on a un nouveau jeu national : le casino des influescros. Juste un téléphone, un ring light et la 4G. Et la maison ne perd jamais. Le donneur, c'est l'influvoleur. Lunettes de soleil à 22h, Range Rover louée à l'heure, abonnés achetés au kilo ou en BBL. Regarde le Kpaflotelling comment c'est zo. Même le sourire est gorge, mais chez nous, ce qui brille a toujours raison. Et ce qui brille le plus, c'est Bijou Diamant 225. Elle vend « Kra Express » pour les fesses et « Grand Calibre » pour les phallus des messieurs. Dedans, du karité de Songon, du colorant artificiel et beaucoup de ni Allah Sônnan. Les fesses ne poussent pas, mais les boutons, si. Et les messieurs, au lieu de grandir, finissent avec Kôhoko. Pourtant, Bijou n'est pas cachée. Boutique à Angré, livraison Yango, live à 21h. Les autorités sanitaires existent. Mais personne ne vient. Normal : la petite go du ministre achète chez elle, avec carte de fidélité. Quand la cliente VIP dort au cabinet, le contrôle sanitaire dort aussi. Mais les pommades, c'est le jeu des fouintuss. Les grands vendent des photos. Prince Kôrô, coach en mangne sec (mindset pour ceux qui aiment les formations), organise un gala au Plateau. Photographe payé pour ne rater personne. Surtout pas l'invité de 21h. Un ministre passe. 3 mains serrées, 3 photos, et il repart en convoi. Le ministre est parti. Sa photo, elle, est restée travailler. Le lendemain : « Avec le soutien du gouvernement, Kôrô Invest vous offre 40 % par mois. » Le chauffeur de woyo, la maman du garba : « Si le Vieux môgô est là, c'est propre. » Ils cassent les tontines, vident les comptes Wave. Ça paie avec l'argent des suivants. Le premier mange, le dernier regarde. Et au cinquième mois, le dernier regarde un écran noir. Kôrô est parti « se restructurer » à l'étranger. Le cabinet du ministre publie : « Aucun lien. » C'est vrai, mais un ministre qui pose sans savoir avec qui, c'est un notaire qui tamponne sans lire. Et ici, le tampon vaut plus que le papier. Le papier, justement. Parlons de ceux qui en vendent avec un terrain dessiné dessus. Chez nous, la terre est sacrée. C'est pour ça qu'on la vend plusieurs fois. « Les Jardins de la Diaspora », villa à 28 millions. Pas d'agrément, pas de titre foncier, mais une belle maquette 3D. Tout est importé, même le rêve. Et un rêve importé, il faut bien quelqu'un pour le dédouaner. Un influenceur filme deux bornes et un vigile qui dort : « J'ai réservé ma villa moi-même. » Payé une plaque et demie. Sa villa, c'est son cachet. On ne dit jamais « appel public à l'épargne », ça fait prison. On dit « offre réservée à la communauté ». Et la communauté est loin. Assez loin pour ne pas venir vérifier. La diaspora paie. 3 ans plus tard : terrain revendu, un groupe WhatsApp de 873 membres créé pour les victimes. Live Tiktok matin midi soir pour plueurer. Tu es pressé ? Ça vient vers toi. Des sociétés de VTC ont promis plus de 300 % sur des taxis. Même le cacao national n'a jamais osé ça. Monhevea.com t'a raté, tu es venu te laa dans affaire de brique. Yafooooo. Des milliers d'Ivoiriens attendent aujourd'hui au tribunal, où même le courant coupe. Tout était faux, sauf leur perte. Et quand la justice ramasse les cartes, c'est la grande amnésie collective. « Je l'ai croisée deux fois seulement. » Deux fois, mais 22 vidéos sponsorisées et Dubaï ensemble. Pendant ce temps, la saison 2 se prépare. Bijou revient. Kôrô poste une citation sur la résilience. Le ministre inaugure autre chose. Et à Abobo, une maman range ses reçus dans un sachet, à côté des papiers de l'hôpital. « Bonsoir mes chéris. J'ai une nouvelle opportunité pour vous. » Double Djemss dans ton corps. Tout va bien. Transpirons. Si tu as compris, c'est bien. Si tu n'as pas compris aussi, c'est bien. #KassaBiaKassa #InoussEnParle
2
5
4
31
1,866
Inouss 🎙️ retweeted
Situation grave commentée à la sauce ivoirienne. Côdivoa!
Chez nous, on dit que le temps est un médecin. La Cour des comptes vient de nous révéler qu'il est aussi comptable public. Il donne quitus sans facture, sans signature. C'est le seul fonctionnaire qui ne demande jamais son gué. En 2021, la Cour a examiné 87 comptes. En 2022, 54. En 2025 : 1 165. 13 fois plus en un an (ils ne sauront jamais ce qui se passe dans le 13 dèh). Quand le balai se met à courir si vite, ce n'est pas pour nettoyer, c'est pour pousser la poussière sous le tapis. On juge des gestions de 2011. Les enfants nés cette année-là ont aujourd'hui des bulletins de notes. Eux, au moins, les présentent. Le tapis, justement, a une note de bas de page. Note numéro 1, en caractères de fourmi mangnan : les arrêts ont « tenu compte des comptes prescrits ». Prescrit. Le mot sent la pharmacie. C'en est une, et le médicament s'appelle l'oubli. Posologie : laisser reposer dix ans, servir tiède. Combien de comptes ? Silence. Combien d'argent ? Silence. Qui ? Silence. La note de bas de page est devenue le cimetière discret de la République : on y enterre sans cortège, sans veillée. Les vivants, eux, ne font pas mieux. À l'ENA, la caisse affiche un déficit de 2015 à 2020. Six promotions. On ne sait pas tout ce qu'on y enseigne oh. À l'INFAS, l'impôt retenu sur les salaires des agents ne correspond pas au chèque envoyé aux Impôts. L'argent est parti du salaire, mais n'est pas arrivé au fisc. Il a voyagé. Mais qu'on se rassure : l'État, lui, se porte très bien. À crédit. Le déficit budgétaire est de 2 699 milliards. Pourtant, dans le tableau de convergence de l'UEMOA, le solde devient positif. La formule magique : compter l'argent emprunté comme une recette. C'est le môgô qui prend un prêt pour prouver à sa belle-famille qu'il est gbé. Y'a pas drap. La dette est passée de 47 % à 59,5 % du PIB en 4 ans. La masse salariale a bondi de 34,7 % à 40,4 % des recettes fiscales en 1 an. Le ventre de l'État grossit plus vite que son grenier. Et quand le ventre a encore faim, on ne demande même plus au Parlement. Des crédits supplémentaires ont été ouverts par simple arrêté, en violation de la loi organique. Les députés votent le budget, l'administration le réécrit au crayon. La démocratie budgétaire, version brouillon. Le brouillon, d'ailleurs, est devenu une méthode de notation. Les ministères se notent eux-mêmes, et quand la cible est trop haute, on la change. Santé : la cible de contraception moderne était de 36,6 % ; dans le rapport final, elle devient 28 %. Si tu rates la barre, baisse la barre : c'est le saut en hauteur version administration. Le ministère des Finances s'accorde 97,65 % de réussite. C'est pourtant lui qui n'a pas fourni ses documents au format numérique à la Cour hein. Il réussit l'examen sans rendre la copie. Quant au ratio d'efficience, il récompense celui qui dépense peu : l'Équipement affiche 1,62, champion. Une route non construite ne consomme pas de crédits, donc elle est très efficiente. On roulera dessus en rêve. Les rêves, c'est aussi là que se trouve une partie du patrimoine de l'État. Les actes de liquidation d'Air Afrique, disparue depuis plus de vingt ans, n'ont toujours pas été produits. La liste des biens publics cédés ? Non communiquée. On vend la maison sans dire à qui, ni combien. Même au Djassa, on te montre au moins la marchandise. Et quand on modernise, c'est pour mieux brouiller. À Grand-Bassam, la collecte des taxes a été « digitalisée ». Mais l'opérateur ne reverse pas l'argent chaque semaine comme le prévoit sa convention, et les reçus n'indiquent pas qui a payé. Je ne dis pas qu'on a volé. La Cour ne le dit pas. Personne ne le dit. C'est bien là le génie du système : dans ce pays, le seul compte toujours parfaitement équilibré, c'est le silence. Si tu as compris c'est bien. Si tu n'as pas compris aussi c'est bien. #KassaBiaKassa #InoussEnParle
1
1
2
86
Inouss 🎙️ retweeted
Suspendu vivant à decouvert. Trop de trafics dans la cité . La sagacité dans la cité.
Chez nous, on dit que le temps est un médecin. La Cour des comptes vient de nous révéler qu'il est aussi comptable public. Il donne quitus sans facture, sans signature. C'est le seul fonctionnaire qui ne demande jamais son gué. En 2021, la Cour a examiné 87 comptes. En 2022, 54. En 2025 : 1 165. 13 fois plus en un an (ils ne sauront jamais ce qui se passe dans le 13 dèh). Quand le balai se met à courir si vite, ce n'est pas pour nettoyer, c'est pour pousser la poussière sous le tapis. On juge des gestions de 2011. Les enfants nés cette année-là ont aujourd'hui des bulletins de notes. Eux, au moins, les présentent. Le tapis, justement, a une note de bas de page. Note numéro 1, en caractères de fourmi mangnan : les arrêts ont « tenu compte des comptes prescrits ». Prescrit. Le mot sent la pharmacie. C'en est une, et le médicament s'appelle l'oubli. Posologie : laisser reposer dix ans, servir tiède. Combien de comptes ? Silence. Combien d'argent ? Silence. Qui ? Silence. La note de bas de page est devenue le cimetière discret de la République : on y enterre sans cortège, sans veillée. Les vivants, eux, ne font pas mieux. À l'ENA, la caisse affiche un déficit de 2015 à 2020. Six promotions. On ne sait pas tout ce qu'on y enseigne oh. À l'INFAS, l'impôt retenu sur les salaires des agents ne correspond pas au chèque envoyé aux Impôts. L'argent est parti du salaire, mais n'est pas arrivé au fisc. Il a voyagé. Mais qu'on se rassure : l'État, lui, se porte très bien. À crédit. Le déficit budgétaire est de 2 699 milliards. Pourtant, dans le tableau de convergence de l'UEMOA, le solde devient positif. La formule magique : compter l'argent emprunté comme une recette. C'est le môgô qui prend un prêt pour prouver à sa belle-famille qu'il est gbé. Y'a pas drap. La dette est passée de 47 % à 59,5 % du PIB en 4 ans. La masse salariale a bondi de 34,7 % à 40,4 % des recettes fiscales en 1 an. Le ventre de l'État grossit plus vite que son grenier. Et quand le ventre a encore faim, on ne demande même plus au Parlement. Des crédits supplémentaires ont été ouverts par simple arrêté, en violation de la loi organique. Les députés votent le budget, l'administration le réécrit au crayon. La démocratie budgétaire, version brouillon. Le brouillon, d'ailleurs, est devenu une méthode de notation. Les ministères se notent eux-mêmes, et quand la cible est trop haute, on la change. Santé : la cible de contraception moderne était de 36,6 % ; dans le rapport final, elle devient 28 %. Si tu rates la barre, baisse la barre : c'est le saut en hauteur version administration. Le ministère des Finances s'accorde 97,65 % de réussite. C'est pourtant lui qui n'a pas fourni ses documents au format numérique à la Cour hein. Il réussit l'examen sans rendre la copie. Quant au ratio d'efficience, il récompense celui qui dépense peu : l'Équipement affiche 1,62, champion. Une route non construite ne consomme pas de crédits, donc elle est très efficiente. On roulera dessus en rêve. Les rêves, c'est aussi là que se trouve une partie du patrimoine de l'État. Les actes de liquidation d'Air Afrique, disparue depuis plus de vingt ans, n'ont toujours pas été produits. La liste des biens publics cédés ? Non communiquée. On vend la maison sans dire à qui, ni combien. Même au Djassa, on te montre au moins la marchandise. Et quand on modernise, c'est pour mieux brouiller. À Grand-Bassam, la collecte des taxes a été « digitalisée ». Mais l'opérateur ne reverse pas l'argent chaque semaine comme le prévoit sa convention, et les reçus n'indiquent pas qui a payé. Je ne dis pas qu'on a volé. La Cour ne le dit pas. Personne ne le dit. C'est bien là le génie du système : dans ce pays, le seul compte toujours parfaitement équilibré, c'est le silence. Si tu as compris c'est bien. Si tu n'as pas compris aussi c'est bien. #KassaBiaKassa #InoussEnParle
1
1
2
48
Fhoum
Chez nous, on dit que le temps est un médecin. La Cour des comptes vient de nous révéler qu'il est aussi comptable public. Il donne quitus sans facture, sans signature. C'est le seul fonctionnaire qui ne demande jamais son gué. En 2021, la Cour a examiné 87 comptes. En 2022, 54. En 2025 : 1 165. 13 fois plus en un an (ils ne sauront jamais ce qui se passe dans le 13 dèh). Quand le balai se met à courir si vite, ce n'est pas pour nettoyer, c'est pour pousser la poussière sous le tapis. On juge des gestions de 2011. Les enfants nés cette année-là ont aujourd'hui des bulletins de notes. Eux, au moins, les présentent. Le tapis, justement, a une note de bas de page. Note numéro 1, en caractères de fourmi mangnan : les arrêts ont « tenu compte des comptes prescrits ». Prescrit. Le mot sent la pharmacie. C'en est une, et le médicament s'appelle l'oubli. Posologie : laisser reposer dix ans, servir tiède. Combien de comptes ? Silence. Combien d'argent ? Silence. Qui ? Silence. La note de bas de page est devenue le cimetière discret de la République : on y enterre sans cortège, sans veillée. Les vivants, eux, ne font pas mieux. À l'ENA, la caisse affiche un déficit de 2015 à 2020. Six promotions. On ne sait pas tout ce qu'on y enseigne oh. À l'INFAS, l'impôt retenu sur les salaires des agents ne correspond pas au chèque envoyé aux Impôts. L'argent est parti du salaire, mais n'est pas arrivé au fisc. Il a voyagé. Mais qu'on se rassure : l'État, lui, se porte très bien. À crédit. Le déficit budgétaire est de 2 699 milliards. Pourtant, dans le tableau de convergence de l'UEMOA, le solde devient positif. La formule magique : compter l'argent emprunté comme une recette. C'est le môgô qui prend un prêt pour prouver à sa belle-famille qu'il est gbé. Y'a pas drap. La dette est passée de 47 % à 59,5 % du PIB en 4 ans. La masse salariale a bondi de 34,7 % à 40,4 % des recettes fiscales en 1 an. Le ventre de l'État grossit plus vite que son grenier. Et quand le ventre a encore faim, on ne demande même plus au Parlement. Des crédits supplémentaires ont été ouverts par simple arrêté, en violation de la loi organique. Les députés votent le budget, l'administration le réécrit au crayon. La démocratie budgétaire, version brouillon. Le brouillon, d'ailleurs, est devenu une méthode de notation. Les ministères se notent eux-mêmes, et quand la cible est trop haute, on la change. Santé : la cible de contraception moderne était de 36,6 % ; dans le rapport final, elle devient 28 %. Si tu rates la barre, baisse la barre : c'est le saut en hauteur version administration. Le ministère des Finances s'accorde 97,65 % de réussite. C'est pourtant lui qui n'a pas fourni ses documents au format numérique à la Cour hein. Il réussit l'examen sans rendre la copie. Quant au ratio d'efficience, il récompense celui qui dépense peu : l'Équipement affiche 1,62, champion. Une route non construite ne consomme pas de crédits, donc elle est très efficiente. On roulera dessus en rêve. Les rêves, c'est aussi là que se trouve une partie du patrimoine de l'État. Les actes de liquidation d'Air Afrique, disparue depuis plus de vingt ans, n'ont toujours pas été produits. La liste des biens publics cédés ? Non communiquée. On vend la maison sans dire à qui, ni combien. Même au Djassa, on te montre au moins la marchandise. Et quand on modernise, c'est pour mieux brouiller. À Grand-Bassam, la collecte des taxes a été « digitalisée ». Mais l'opérateur ne reverse pas l'argent chaque semaine comme le prévoit sa convention, et les reçus n'indiquent pas qui a payé. Je ne dis pas qu'on a volé. La Cour ne le dit pas. Personne ne le dit. C'est bien là le génie du système : dans ce pays, le seul compte toujours parfaitement équilibré, c'est le silence. Si tu as compris c'est bien. Si tu n'as pas compris aussi c'est bien. #KassaBiaKassa #InoussEnParle
1
1
105
Inouss 🎙️ retweeted
La Cour des Comptes d'Abidjan: je découvre ici une autre lecture de ses rapports . 👇👇👇
Chez nous, on dit que le temps est un médecin. La Cour des comptes vient de nous révéler qu'il est aussi comptable public. Il donne quitus sans facture, sans signature. C'est le seul fonctionnaire qui ne demande jamais son gué. En 2021, la Cour a examiné 87 comptes. En 2022, 54. En 2025 : 1 165. 13 fois plus en un an (ils ne sauront jamais ce qui se passe dans le 13 dèh). Quand le balai se met à courir si vite, ce n'est pas pour nettoyer, c'est pour pousser la poussière sous le tapis. On juge des gestions de 2011. Les enfants nés cette année-là ont aujourd'hui des bulletins de notes. Eux, au moins, les présentent. Le tapis, justement, a une note de bas de page. Note numéro 1, en caractères de fourmi mangnan : les arrêts ont « tenu compte des comptes prescrits ». Prescrit. Le mot sent la pharmacie. C'en est une, et le médicament s'appelle l'oubli. Posologie : laisser reposer dix ans, servir tiède. Combien de comptes ? Silence. Combien d'argent ? Silence. Qui ? Silence. La note de bas de page est devenue le cimetière discret de la République : on y enterre sans cortège, sans veillée. Les vivants, eux, ne font pas mieux. À l'ENA, la caisse affiche un déficit de 2015 à 2020. Six promotions. On ne sait pas tout ce qu'on y enseigne oh. À l'INFAS, l'impôt retenu sur les salaires des agents ne correspond pas au chèque envoyé aux Impôts. L'argent est parti du salaire, mais n'est pas arrivé au fisc. Il a voyagé. Mais qu'on se rassure : l'État, lui, se porte très bien. À crédit. Le déficit budgétaire est de 2 699 milliards. Pourtant, dans le tableau de convergence de l'UEMOA, le solde devient positif. La formule magique : compter l'argent emprunté comme une recette. C'est le môgô qui prend un prêt pour prouver à sa belle-famille qu'il est gbé. Y'a pas drap. La dette est passée de 47 % à 59,5 % du PIB en 4 ans. La masse salariale a bondi de 34,7 % à 40,4 % des recettes fiscales en 1 an. Le ventre de l'État grossit plus vite que son grenier. Et quand le ventre a encore faim, on ne demande même plus au Parlement. Des crédits supplémentaires ont été ouverts par simple arrêté, en violation de la loi organique. Les députés votent le budget, l'administration le réécrit au crayon. La démocratie budgétaire, version brouillon. Le brouillon, d'ailleurs, est devenu une méthode de notation. Les ministères se notent eux-mêmes, et quand la cible est trop haute, on la change. Santé : la cible de contraception moderne était de 36,6 % ; dans le rapport final, elle devient 28 %. Si tu rates la barre, baisse la barre : c'est le saut en hauteur version administration. Le ministère des Finances s'accorde 97,65 % de réussite. C'est pourtant lui qui n'a pas fourni ses documents au format numérique à la Cour hein. Il réussit l'examen sans rendre la copie. Quant au ratio d'efficience, il récompense celui qui dépense peu : l'Équipement affiche 1,62, champion. Une route non construite ne consomme pas de crédits, donc elle est très efficiente. On roulera dessus en rêve. Les rêves, c'est aussi là que se trouve une partie du patrimoine de l'État. Les actes de liquidation d'Air Afrique, disparue depuis plus de vingt ans, n'ont toujours pas été produits. La liste des biens publics cédés ? Non communiquée. On vend la maison sans dire à qui, ni combien. Même au Djassa, on te montre au moins la marchandise. Et quand on modernise, c'est pour mieux brouiller. À Grand-Bassam, la collecte des taxes a été « digitalisée ». Mais l'opérateur ne reverse pas l'argent chaque semaine comme le prévoit sa convention, et les reçus n'indiquent pas qui a payé. Je ne dis pas qu'on a volé. La Cour ne le dit pas. Personne ne le dit. C'est bien là le génie du système : dans ce pays, le seul compte toujours parfaitement équilibré, c'est le silence. Si tu as compris c'est bien. Si tu n'as pas compris aussi c'est bien. #KassaBiaKassa #InoussEnParle
3
11
64
6,807
Inouss 🎙️ retweeted
Encore la Tour F: Une autre façon de l'apprécier. 《 Petit détail que personne ne crie au Gbatta : l'Égypte a construit sa tour géante dans sa nouvelle capitale. Nous, nous avons une nouvelle capitale depuis 1983, et nous construisons dans l'ancienne.》 La suite 👇👇👇
Le pays même doit se reposer un peu. Au Plateau, personne ne dit « 421 mètres ». On dit « plus haut que les Égyptiens ». C'est plus court, et ça vexe un pharaon. Petit détail que personne ne crie au Gbatta : l'Égypte a construit sa tour géante dans sa nouvelle capitale. Nous, nous avons une nouvelle capitale depuis 1983, et nous construisons dans l'ancienne. Annoncée à 283 mètres, elle en a pris presque 140 en route. Ici, deux choses grandissent sans demander l'avis de personne : les tours de l'État et le prix du Thon sur le Garba et si tu es trop fâché, on va te servir maquereau avec kankankan. Sur le papier, l'idée est bonne. Rassembler les fonctionnaires éparpillés dans des bureaux loués aux quatre coins de la ville. Arrêter de payer des loyers. Doubler les bureaux, doubler le parking. Sur le papier, tout est bon. Mais le papier n'a jamais pris le pont FHB à 7 h 15. Car le Plateau est une presqu'île. On y entre par quelques ponts et quelques boulevards, comme on entre dans un fumoir : sur la pointe des pieds. Et chaque matin, tout Abidjan veut entrer dans le même fumoir (toi-même tu sais qu'on ne respecte rien avec nos voitures qui fument plus qu'un falleur de Kali reconverti en fumeur de mâchoiron à Anono). Doubler le parking, c'est inviter deux fois plus de voitures à chercher une place. Un parking ne crée pas de route mais des clients pour les bouchons. Et puis il y a Yakro. Capitale politique et administrative depuis 1983. Sur papier. La loi a été votée en mars 1983, le décret d'application a pris 14 ans pour arriver. Des chantiers ont poussé, puis se sont tus en novembre 2010, quand le pays préparait son jeu de jambes. À la même époque, un candidat jurait qu'il prêterait serment à Yakro, qu'il y déménagerait, que la présidence et l'Intérieur partiraient dès la première année. 16 ans plus tard, seuls le Sénat et la Chambre des rois ont fait leurs valises. Les rois sont partis (c'est pas Rwaa qui est là là ?). Les fonctionnaires sont restés. Et pour loger ces fonctionnaires qui devaient partir, on leur construit 75 étages à Abidjan. On voulait envoyer l'administration à Yakro. On l'a envoyée au ciel. Les caïmans du lac présidentiel attendent toujours les ministres. Ils ont l'habitude. Un caïman, ça sait attendre. Ça ne vote pas, mais ça a de la mémoire. Monsieur Konan, chef de service au 68e étage, arrivera à l'heure au rez-de-chaussée. En retard au bureau. Entre les deux, il y a la queue de l'ascenseur. 68 étages, c'est une file d'attente verticale. Le badge enregistrera 7 h 58. Le chef enregistrera 8 h 40. La vérité, elle, est restée coincée au 23e. Et il y a la lanterne. 30m de verre au sommet, ouverte au public, vue à 360 degrés sur la lagune Ébrié couleur Or 24 carats. Bientôt, des touristes paieront pour regarder les embouteillages d'en haut. Une vue de wahou. En bas, il y a Awa. Awa ne travaille pas dans la tour, elle la nettoie. Elle habite à Abobo, se lève à 4 h 30, comme beaucoup ici, pour ne pas être en retard. Une esquive d'enfant en conflit avec la loi, deux gbakas, un bout à pied, une prière Ni Allah Sônnan. Les tours se mesurent en mètres. Les vies se mesurent en heures de sommeil. Le métro ? Il arrive. Il est en route depuis si longtemps qu'il mérite une prime d'ancienneté. Fin 2028, 2029, qui est au courant maintenant ? La tour, elle, visait 2026. On a livré le salon avant la porte d'entrée. Les invités passeront par la fenêtre. Que l'on se comprenne bien : je n'ai rien contre la hauteur. Un pays a le droit de lever la tête. Le prestige d'une nation ne se lit pas seulement dans son ciel, il se lit dans le temps que met une femme pour aller travailler. La tour F n'est pas un problème. C'est une réponse. Simplement, elle répond à la question d'avant-hier pendant que celle d'aujourd'hui est coincée dans le trafic, et que celle de 1983 attend toujours à Yakro. Les influescros là, ça vient. Si tu as compris c'est bien. Si tu n'as pas compris aussi c'est bien. #KassaBiaKassa #InoussEnParle
9
46
6,280
Chez nous, on dit que le temps est un médecin. La Cour des comptes vient de nous révéler qu'il est aussi comptable public. Il donne quitus sans facture, sans signature. C'est le seul fonctionnaire qui ne demande jamais son gué. En 2021, la Cour a examiné 87 comptes. En 2022, 54. En 2025 : 1 165. 13 fois plus en un an (ils ne sauront jamais ce qui se passe dans le 13 dèh). Quand le balai se met à courir si vite, ce n'est pas pour nettoyer, c'est pour pousser la poussière sous le tapis. On juge des gestions de 2011. Les enfants nés cette année-là ont aujourd'hui des bulletins de notes. Eux, au moins, les présentent. Le tapis, justement, a une note de bas de page. Note numéro 1, en caractères de fourmi mangnan : les arrêts ont « tenu compte des comptes prescrits ». Prescrit. Le mot sent la pharmacie. C'en est une, et le médicament s'appelle l'oubli. Posologie : laisser reposer dix ans, servir tiède. Combien de comptes ? Silence. Combien d'argent ? Silence. Qui ? Silence. La note de bas de page est devenue le cimetière discret de la République : on y enterre sans cortège, sans veillée. Les vivants, eux, ne font pas mieux. À l'ENA, la caisse affiche un déficit de 2015 à 2020. Six promotions. On ne sait pas tout ce qu'on y enseigne oh. À l'INFAS, l'impôt retenu sur les salaires des agents ne correspond pas au chèque envoyé aux Impôts. L'argent est parti du salaire, mais n'est pas arrivé au fisc. Il a voyagé. Mais qu'on se rassure : l'État, lui, se porte très bien. À crédit. Le déficit budgétaire est de 2 699 milliards. Pourtant, dans le tableau de convergence de l'UEMOA, le solde devient positif. La formule magique : compter l'argent emprunté comme une recette. C'est le môgô qui prend un prêt pour prouver à sa belle-famille qu'il est gbé. Y'a pas drap. La dette est passée de 47 % à 59,5 % du PIB en 4 ans. La masse salariale a bondi de 34,7 % à 40,4 % des recettes fiscales en 1 an. Le ventre de l'État grossit plus vite que son grenier. Et quand le ventre a encore faim, on ne demande même plus au Parlement. Des crédits supplémentaires ont été ouverts par simple arrêté, en violation de la loi organique. Les députés votent le budget, l'administration le réécrit au crayon. La démocratie budgétaire, version brouillon. Le brouillon, d'ailleurs, est devenu une méthode de notation. Les ministères se notent eux-mêmes, et quand la cible est trop haute, on la change. Santé : la cible de contraception moderne était de 36,6 % ; dans le rapport final, elle devient 28 %. Si tu rates la barre, baisse la barre : c'est le saut en hauteur version administration. Le ministère des Finances s'accorde 97,65 % de réussite. C'est pourtant lui qui n'a pas fourni ses documents au format numérique à la Cour hein. Il réussit l'examen sans rendre la copie. Quant au ratio d'efficience, il récompense celui qui dépense peu : l'Équipement affiche 1,62, champion. Une route non construite ne consomme pas de crédits, donc elle est très efficiente. On roulera dessus en rêve. Les rêves, c'est aussi là que se trouve une partie du patrimoine de l'État. Les actes de liquidation d'Air Afrique, disparue depuis plus de vingt ans, n'ont toujours pas été produits. La liste des biens publics cédés ? Non communiquée. On vend la maison sans dire à qui, ni combien. Même au Djassa, on te montre au moins la marchandise. Et quand on modernise, c'est pour mieux brouiller. À Grand-Bassam, la collecte des taxes a été « digitalisée ». Mais l'opérateur ne reverse pas l'argent chaque semaine comme le prévoit sa convention, et les reçus n'indiquent pas qui a payé. Je ne dis pas qu'on a volé. La Cour ne le dit pas. Personne ne le dit. C'est bien là le génie du système : dans ce pays, le seul compte toujours parfaitement équilibré, c'est le silence. Si tu as compris c'est bien. Si tu n'as pas compris aussi c'est bien. #KassaBiaKassa #InoussEnParle
6
26
9
78
8,085
Inouss 🎙️ retweeted
Vive les INFLUESCROS Kassa Bia Kassa @InoussEnParle
Le pays même doit se reposer un peu. Au Plateau, personne ne dit « 421 mètres ». On dit « plus haut que les Égyptiens ». C'est plus court, et ça vexe un pharaon. Petit détail que personne ne crie au Gbatta : l'Égypte a construit sa tour géante dans sa nouvelle capitale. Nous, nous avons une nouvelle capitale depuis 1983, et nous construisons dans l'ancienne. Annoncée à 283 mètres, elle en a pris presque 140 en route. Ici, deux choses grandissent sans demander l'avis de personne : les tours de l'État et le prix du Thon sur le Garba et si tu es trop fâché, on va te servir maquereau avec kankankan. Sur le papier, l'idée est bonne. Rassembler les fonctionnaires éparpillés dans des bureaux loués aux quatre coins de la ville. Arrêter de payer des loyers. Doubler les bureaux, doubler le parking. Sur le papier, tout est bon. Mais le papier n'a jamais pris le pont FHB à 7 h 15. Car le Plateau est une presqu'île. On y entre par quelques ponts et quelques boulevards, comme on entre dans un fumoir : sur la pointe des pieds. Et chaque matin, tout Abidjan veut entrer dans le même fumoir (toi-même tu sais qu'on ne respecte rien avec nos voitures qui fument plus qu'un falleur de Kali reconverti en fumeur de mâchoiron à Anono). Doubler le parking, c'est inviter deux fois plus de voitures à chercher une place. Un parking ne crée pas de route mais des clients pour les bouchons. Et puis il y a Yakro. Capitale politique et administrative depuis 1983. Sur papier. La loi a été votée en mars 1983, le décret d'application a pris 14 ans pour arriver. Des chantiers ont poussé, puis se sont tus en novembre 2010, quand le pays préparait son jeu de jambes. À la même époque, un candidat jurait qu'il prêterait serment à Yakro, qu'il y déménagerait, que la présidence et l'Intérieur partiraient dès la première année. 16 ans plus tard, seuls le Sénat et la Chambre des rois ont fait leurs valises. Les rois sont partis (c'est pas Rwaa qui est là là ?). Les fonctionnaires sont restés. Et pour loger ces fonctionnaires qui devaient partir, on leur construit 75 étages à Abidjan. On voulait envoyer l'administration à Yakro. On l'a envoyée au ciel. Les caïmans du lac présidentiel attendent toujours les ministres. Ils ont l'habitude. Un caïman, ça sait attendre. Ça ne vote pas, mais ça a de la mémoire. Monsieur Konan, chef de service au 68e étage, arrivera à l'heure au rez-de-chaussée. En retard au bureau. Entre les deux, il y a la queue de l'ascenseur. 68 étages, c'est une file d'attente verticale. Le badge enregistrera 7 h 58. Le chef enregistrera 8 h 40. La vérité, elle, est restée coincée au 23e. Et il y a la lanterne. 30m de verre au sommet, ouverte au public, vue à 360 degrés sur la lagune Ébrié couleur Or 24 carats. Bientôt, des touristes paieront pour regarder les embouteillages d'en haut. Une vue de wahou. En bas, il y a Awa. Awa ne travaille pas dans la tour, elle la nettoie. Elle habite à Abobo, se lève à 4 h 30, comme beaucoup ici, pour ne pas être en retard. Une esquive d'enfant en conflit avec la loi, deux gbakas, un bout à pied, une prière Ni Allah Sônnan. Les tours se mesurent en mètres. Les vies se mesurent en heures de sommeil. Le métro ? Il arrive. Il est en route depuis si longtemps qu'il mérite une prime d'ancienneté. Fin 2028, 2029, qui est au courant maintenant ? La tour, elle, visait 2026. On a livré le salon avant la porte d'entrée. Les invités passeront par la fenêtre. Que l'on se comprenne bien : je n'ai rien contre la hauteur. Un pays a le droit de lever la tête. Le prestige d'une nation ne se lit pas seulement dans son ciel, il se lit dans le temps que met une femme pour aller travailler. La tour F n'est pas un problème. C'est une réponse. Simplement, elle répond à la question d'avant-hier pendant que celle d'aujourd'hui est coincée dans le trafic, et que celle de 1983 attend toujours à Yakro. Les influescros là, ça vient. Si tu as compris c'est bien. Si tu n'as pas compris aussi c'est bien. #KassaBiaKassa #InoussEnParle
1
2
5
422
Inouss 🎙️ retweeted
Le pays même doit se reposer un peu. Au Plateau, personne ne dit « 421 mètres ». On dit « plus haut que les Égyptiens ». C'est plus court, et ça vexe un pharaon. Petit détail que personne ne crie au Gbatta : l'Égypte a construit sa tour géante dans sa nouvelle capitale. Nous, nous avons une nouvelle capitale depuis 1983, et nous construisons dans l'ancienne. Annoncée à 283 mètres, elle en a pris presque 140 en route. Ici, deux choses grandissent sans demander l'avis de personne : les tours de l'État et le prix du Thon sur le Garba et si tu es trop fâché, on va te servir maquereau avec kankankan. Sur le papier, l'idée est bonne. Rassembler les fonctionnaires éparpillés dans des bureaux loués aux quatre coins de la ville. Arrêter de payer des loyers. Doubler les bureaux, doubler le parking. Sur le papier, tout est bon. Mais le papier n'a jamais pris le pont FHB à 7 h 15. Car le Plateau est une presqu'île. On y entre par quelques ponts et quelques boulevards, comme on entre dans un fumoir : sur la pointe des pieds. Et chaque matin, tout Abidjan veut entrer dans le même fumoir (toi-même tu sais qu'on ne respecte rien avec nos voitures qui fument plus qu'un falleur de Kali reconverti en fumeur de mâchoiron à Anono). Doubler le parking, c'est inviter deux fois plus de voitures à chercher une place. Un parking ne crée pas de route mais des clients pour les bouchons. Et puis il y a Yakro. Capitale politique et administrative depuis 1983. Sur papier. La loi a été votée en mars 1983, le décret d'application a pris 14 ans pour arriver. Des chantiers ont poussé, puis se sont tus en novembre 2010, quand le pays préparait son jeu de jambes. À la même époque, un candidat jurait qu'il prêterait serment à Yakro, qu'il y déménagerait, que la présidence et l'Intérieur partiraient dès la première année. 16 ans plus tard, seuls le Sénat et la Chambre des rois ont fait leurs valises. Les rois sont partis (c'est pas Rwaa qui est là là ?). Les fonctionnaires sont restés. Et pour loger ces fonctionnaires qui devaient partir, on leur construit 75 étages à Abidjan. On voulait envoyer l'administration à Yakro. On l'a envoyée au ciel. Les caïmans du lac présidentiel attendent toujours les ministres. Ils ont l'habitude. Un caïman, ça sait attendre. Ça ne vote pas, mais ça a de la mémoire. Monsieur Konan, chef de service au 68e étage, arrivera à l'heure au rez-de-chaussée. En retard au bureau. Entre les deux, il y a la queue de l'ascenseur. 68 étages, c'est une file d'attente verticale. Le badge enregistrera 7 h 58. Le chef enregistrera 8 h 40. La vérité, elle, est restée coincée au 23e. Et il y a la lanterne. 30m de verre au sommet, ouverte au public, vue à 360 degrés sur la lagune Ébrié couleur Or 24 carats. Bientôt, des touristes paieront pour regarder les embouteillages d'en haut. Une vue de wahou. En bas, il y a Awa. Awa ne travaille pas dans la tour, elle la nettoie. Elle habite à Abobo, se lève à 4 h 30, comme beaucoup ici, pour ne pas être en retard. Une esquive d'enfant en conflit avec la loi, deux gbakas, un bout à pied, une prière Ni Allah Sônnan. Les tours se mesurent en mètres. Les vies se mesurent en heures de sommeil. Le métro ? Il arrive. Il est en route depuis si longtemps qu'il mérite une prime d'ancienneté. Fin 2028, 2029, qui est au courant maintenant ? La tour, elle, visait 2026. On a livré le salon avant la porte d'entrée. Les invités passeront par la fenêtre. Que l'on se comprenne bien : je n'ai rien contre la hauteur. Un pays a le droit de lever la tête. Le prestige d'une nation ne se lit pas seulement dans son ciel, il se lit dans le temps que met une femme pour aller travailler. La tour F n'est pas un problème. C'est une réponse. Simplement, elle répond à la question d'avant-hier pendant que celle d'aujourd'hui est coincée dans le trafic, et que celle de 1983 attend toujours à Yakro. Les influescros là, ça vient. Si tu as compris c'est bien. Si tu n'as pas compris aussi c'est bien. #KassaBiaKassa #InoussEnParle
7
6
3
36
4,913
Le pays même doit se reposer un peu. Au Plateau, personne ne dit « 421 mètres ». On dit « plus haut que les Égyptiens ». C'est plus court, et ça vexe un pharaon. Petit détail que personne ne crie au Gbatta : l'Égypte a construit sa tour géante dans sa nouvelle capitale. Nous, nous avons une nouvelle capitale depuis 1983, et nous construisons dans l'ancienne. Annoncée à 283 mètres, elle en a pris presque 140 en route. Ici, deux choses grandissent sans demander l'avis de personne : les tours de l'État et le prix du Thon sur le Garba et si tu es trop fâché, on va te servir maquereau avec kankankan. Sur le papier, l'idée est bonne. Rassembler les fonctionnaires éparpillés dans des bureaux loués aux quatre coins de la ville. Arrêter de payer des loyers. Doubler les bureaux, doubler le parking. Sur le papier, tout est bon. Mais le papier n'a jamais pris le pont FHB à 7 h 15. Car le Plateau est une presqu'île. On y entre par quelques ponts et quelques boulevards, comme on entre dans un fumoir : sur la pointe des pieds. Et chaque matin, tout Abidjan veut entrer dans le même fumoir (toi-même tu sais qu'on ne respecte rien avec nos voitures qui fument plus qu'un falleur de Kali reconverti en fumeur de mâchoiron à Anono). Doubler le parking, c'est inviter deux fois plus de voitures à chercher une place. Un parking ne crée pas de route mais des clients pour les bouchons. Et puis il y a Yakro. Capitale politique et administrative depuis 1983. Sur papier. La loi a été votée en mars 1983, le décret d'application a pris 14 ans pour arriver. Des chantiers ont poussé, puis se sont tus en novembre 2010, quand le pays préparait son jeu de jambes. À la même époque, un candidat jurait qu'il prêterait serment à Yakro, qu'il y déménagerait, que la présidence et l'Intérieur partiraient dès la première année. 16 ans plus tard, seuls le Sénat et la Chambre des rois ont fait leurs valises. Les rois sont partis (c'est pas Rwaa qui est là là ?). Les fonctionnaires sont restés. Et pour loger ces fonctionnaires qui devaient partir, on leur construit 75 étages à Abidjan. On voulait envoyer l'administration à Yakro. On l'a envoyée au ciel. Les caïmans du lac présidentiel attendent toujours les ministres. Ils ont l'habitude. Un caïman, ça sait attendre. Ça ne vote pas, mais ça a de la mémoire. Monsieur Konan, chef de service au 68e étage, arrivera à l'heure au rez-de-chaussée. En retard au bureau. Entre les deux, il y a la queue de l'ascenseur. 68 étages, c'est une file d'attente verticale. Le badge enregistrera 7 h 58. Le chef enregistrera 8 h 40. La vérité, elle, est restée coincée au 23e. Et il y a la lanterne. 30m de verre au sommet, ouverte au public, vue à 360 degrés sur la lagune Ébrié couleur Or 24 carats. Bientôt, des touristes paieront pour regarder les embouteillages d'en haut. Une vue de wahou. En bas, il y a Awa. Awa ne travaille pas dans la tour, elle la nettoie. Elle habite à Abobo, se lève à 4 h 30, comme beaucoup ici, pour ne pas être en retard. Une esquive d'enfant en conflit avec la loi, deux gbakas, un bout à pied, une prière Ni Allah Sônnan. Les tours se mesurent en mètres. Les vies se mesurent en heures de sommeil. Le métro ? Il arrive. Il est en route depuis si longtemps qu'il mérite une prime d'ancienneté. Fin 2028, 2029, qui est au courant maintenant ? La tour, elle, visait 2026. On a livré le salon avant la porte d'entrée. Les invités passeront par la fenêtre. Que l'on se comprenne bien : je n'ai rien contre la hauteur. Un pays a le droit de lever la tête. Le prestige d'une nation ne se lit pas seulement dans son ciel, il se lit dans le temps que met une femme pour aller travailler. La tour F n'est pas un problème. C'est une réponse. Simplement, elle répond à la question d'avant-hier pendant que celle d'aujourd'hui est coincée dans le trafic, et que celle de 1983 attend toujours à Yakro. Les influescros là, ça vient. Si tu as compris c'est bien. Si tu n'as pas compris aussi c'est bien. #KassaBiaKassa #InoussEnParle
7
6
3
36
4,913
Inouss 🎙️ retweeted
Grâce à ce bois, tu vas connaître la superficie de là où on va faire ta maison. Ça t'a pris ? C'est gâté au culte. Un homme de Dié, siri en gbê drap. L'homme qui avait sorti un livre sur l'amour comme Isaïe B. Coulibaly nous a montré son côté Rocco Siffredi avec Abiba. Avec une précision qu'il a tenu à souligner : tout était consenti. Le manawa lui, ne traîne plus sur Toktok. Il check un compteur dans son haut standing en bois. Chaque matin, le compteur a grossi. Le manawa note dans son cahier : la dette est le seul Ivoirien qui prend du poids sans manger. Au temps, le pays était coupé en deux on dirait String friperie au marché de Cocovico. Avec la guerre de 2002, le Nord, le Centre et l'Ouest échappaient au pouvoir légal, et la dette tournait autour de 6 300 milliards de FCFA, soit 60 % du PIB. Dans l'opposition, on soulevait ça comme un masque Guéré : regardez ce que vieux là fait de votre piah. Chaque semaine, l'opposition criait à la gabégie comme quand tu te lèves le dimanche matin et que ton pasteur vient te dire que ta vie est sale parce que tu enchékètes sur locanto. Le carnet de sermons était propre. Le carnet de comptes, faut bouai. Puis vint le PPTE. Sur un gbô de 6 396 milliards, 4 090 milliards ont éte barrés (on dirait le doya Asalfo n'était pas loin) en 2012. Le nouveau pouvoir hérite d'une maison caï caï. Il va y inviter tout le gbata. Petit calcul de CM2 de Boribana : en 2010, 4 000 milliards, c'était un gbaffou national. En 2025, c'est la facture de l'année : sur un budget record de 15 339,2 milliards, 4 121 milliards étaient réservés au remboursement de la dette. En 2026, le service de la dette pèse 38,5 % du budget. Le gbaffou de l'opposition est devenu la cotisation annuelle de la tontine dans laquelle on prend 2 voire 3 bras. On ne crie plus. On paie. La tantie du garba connaît le crédit mieux que Wall Street : tu daba aujourd'hui, tu paies demain, et si tu paies pas, tu manges plus. L'État a trouvé une tantie plus patiente à New York. Entre 2014 et sept. 2025, 8 605,1 milliards de FCFA ont été levés. En fév. 2026, encore 1,3 milliard de $, remboursables sur 15 ans. Ouaiye, on ne donne l'argent qu'à celui qui peut rembourser (ou aux enfants des enfants de ses enfants, c'est ça qui est quoi). Comme le pasteur, l'État a ses relations dans et hors de l'église : sept. 2025, 13 140,5 milliards de dette intérieure, 20 875,8 milliards à l'extérieur. D'ailleurs, ça s'appelle un prêt consenti. C'est pas jumeau qui est là là ? Le budget 2025 prévoyait environ 5 700 milliards de nouveaux credits, qui devaient servir à payer les 4 121 milliards de crédit. Mais toi-même tu sais qu'on prend pas crédit pour payer crédit. Quand le chiffre en FCFA fait peur, on parle en pourcentage. Le pourcentage, c'est le teint clair de la dette : même visage, mais présentable à la télé. Toi tu saches que femme claire a toujours raison. Faut demander à la tantie de l'Ouest qui vend plus de terrains que tous les Mobio réunis. Fin 2025, la dette atteignait 57,1 % du PIB. Traduction : on est revenu au niveau du String de Cocovico qui sépare la gauche de la droite, mais cette fois sans guerre, et sans ardoise. Aujourd'hui, la dette approche 60 % du PIB, l'opposition est fâchée. L'opposition d'hier est au pouvoir. L'opposition d'aujourd'hui tient le discours qu'elle tenait. Seuls les zéros ont changé de camp. Ils ne mangent plus donc ils sont fâchés. Le pasteur a été rattrapé par ses prêches. Le pouvoir, par ses discours d'opposition. La différence, c'est que le pasteur a été suspendu. Et pour le pouvoir là ? Ici, la dette change de nom selon qui tient la calculatrice. Dans l'opposition, c'est un scandale. Au pouvoir, c'est un investissement. Au fond, l'huile d'onction et l'huile de crédit glissent pareil : à la fin, c'est toujours le fidèle qui paie la dîme. Mais est-ce que la jeunesse est talentueuse même ? Eh... Si tu as compris, c'est bien. Si tu n'as pas compris aussi, c'est bien. #KassaBiaKassa #InoussEnParle
6
6
3
19
1,079
Grâce à ce bois, tu vas connaître la superficie de là où on va faire ta maison. Ça t'a pris ? C'est gâté au culte. Un homme de Dié, siri en gbê drap. L'homme qui avait sorti un livre sur l'amour comme Isaïe B. Coulibaly nous a montré son côté Rocco Siffredi avec Abiba. Avec une précision qu'il a tenu à souligner : tout était consenti. Le manawa lui, ne traîne plus sur Toktok. Il check un compteur dans son haut standing en bois. Chaque matin, le compteur a grossi. Le manawa note dans son cahier : la dette est le seul Ivoirien qui prend du poids sans manger. Au temps, le pays était coupé en deux on dirait String friperie au marché de Cocovico. Avec la guerre de 2002, le Nord, le Centre et l'Ouest échappaient au pouvoir légal, et la dette tournait autour de 6 300 milliards de FCFA, soit 60 % du PIB. Dans l'opposition, on soulevait ça comme un masque Guéré : regardez ce que vieux là fait de votre piah. Chaque semaine, l'opposition criait à la gabégie comme quand tu te lèves le dimanche matin et que ton pasteur vient te dire que ta vie est sale parce que tu enchékètes sur locanto. Le carnet de sermons était propre. Le carnet de comptes, faut bouai. Puis vint le PPTE. Sur un gbô de 6 396 milliards, 4 090 milliards ont éte barrés (on dirait le doya Asalfo n'était pas loin) en 2012. Le nouveau pouvoir hérite d'une maison caï caï. Il va y inviter tout le gbata. Petit calcul de CM2 de Boribana : en 2010, 4 000 milliards, c'était un gbaffou national. En 2025, c'est la facture de l'année : sur un budget record de 15 339,2 milliards, 4 121 milliards étaient réservés au remboursement de la dette. En 2026, le service de la dette pèse 38,5 % du budget. Le gbaffou de l'opposition est devenu la cotisation annuelle de la tontine dans laquelle on prend 2 voire 3 bras. On ne crie plus. On paie. La tantie du garba connaît le crédit mieux que Wall Street : tu daba aujourd'hui, tu paies demain, et si tu paies pas, tu manges plus. L'État a trouvé une tantie plus patiente à New York. Entre 2014 et sept. 2025, 8 605,1 milliards de FCFA ont été levés. En fév. 2026, encore 1,3 milliard de $, remboursables sur 15 ans. Ouaiye, on ne donne l'argent qu'à celui qui peut rembourser (ou aux enfants des enfants de ses enfants, c'est ça qui est quoi). Comme le pasteur, l'État a ses relations dans et hors de l'église : sept. 2025, 13 140,5 milliards de dette intérieure, 20 875,8 milliards à l'extérieur. D'ailleurs, ça s'appelle un prêt consenti. C'est pas jumeau qui est là là ? Le budget 2025 prévoyait environ 5 700 milliards de nouveaux credits, qui devaient servir à payer les 4 121 milliards de crédit. Mais toi-même tu sais qu'on prend pas crédit pour payer crédit. Quand le chiffre en FCFA fait peur, on parle en pourcentage. Le pourcentage, c'est le teint clair de la dette : même visage, mais présentable à la télé. Toi tu saches que femme claire a toujours raison. Faut demander à la tantie de l'Ouest qui vend plus de terrains que tous les Mobio réunis. Fin 2025, la dette atteignait 57,1 % du PIB. Traduction : on est revenu au niveau du String de Cocovico qui sépare la gauche de la droite, mais cette fois sans guerre, et sans ardoise. Aujourd'hui, la dette approche 60 % du PIB, l'opposition est fâchée. L'opposition d'hier est au pouvoir. L'opposition d'aujourd'hui tient le discours qu'elle tenait. Seuls les zéros ont changé de camp. Ils ne mangent plus donc ils sont fâchés. Le pasteur a été rattrapé par ses prêches. Le pouvoir, par ses discours d'opposition. La différence, c'est que le pasteur a été suspendu. Et pour le pouvoir là ? Ici, la dette change de nom selon qui tient la calculatrice. Dans l'opposition, c'est un scandale. Au pouvoir, c'est un investissement. Au fond, l'huile d'onction et l'huile de crédit glissent pareil : à la fin, c'est toujours le fidèle qui paie la dîme. Mais est-ce que la jeunesse est talentueuse même ? Eh... Si tu as compris, c'est bien. Si tu n'as pas compris aussi, c'est bien. #KassaBiaKassa #InoussEnParle
6
6
3
19
1,079
Inouss 🎙️ retweeted
Tu as capote ? Tu as capote ? Tu as capote ? Il y a des rues qu'on ne renomme pas. On les use, on les use jusqu'à la corde, jusqu'à ce que le bitume connaisse le pas des noceurs mieux que leur propre femme. La Rue Princesse était de celles-là. Depuis 1990, quelques kilomètres entre Kénéya et Bel-Air, un maire de l'époque qui n'avait pas prévu, en traçant son plan, qu'il fondait un mythe. La Clinique a ouvert. Puis L'Image. Puis tout le reste. Zouglou, coupé-décalé, Meiway qui vient tourner un clip, Dahizoko qui vient boire un verre après une victoire, Jack Lang qui vient toucher du doigt ce que Paris n'a pas. Yôrô et Débor qui faisaient la tournée des maquayas. Le maquis n'a jamais demandé de permission à personne. Il a juste duré. Et voilà qu'un matin, on plante un panneau. Fond blanc, nom barré d'un trait rouge, Rue Princesse, et en dessous, en lettres capitales, comme on tamponne un dossier classé : Avenue Adama Bictogo. Un homme politique de son vivant, sur une rue qui appartenait déjà à tout le monde sauf à lui. Qu'on soit clair. Je n'ai rien contre l'ex-PAN. Il fait sa carrière et aura sa page Wikipédia bien fournie. Ce n'est pas de lui qu'il s'agit. C'est du procédé. On prend une rue qui a mis 35 ans à devenir un nom commun, on dit la Rue Princesse comme on dit le black, le djassa, en bas du pont... et on la remplace par un nom d'homme encore en poste, encore en costume, encore capable de se tromper ou de décevoir demain matin. Un homme dont le nom serait cité dans des rapports de la Cour des comptes en 2023 pour une affaire de e-visa où l'Etat n'aurait collecté que l'argent de 19 personnes sur un an (1338€ pour 73€ le visa ; fais le calcul toi même )... Le PADA dira que c'est de la technique. Une numérotation cohérente, la modernité qui range enfin nos rues dans des tiroirs. Yafoy. Numérotons. Mettons du GPS, des codes postaux, des plaques bleues à tous les carrefours de Babi, personne ne va dédja son Sohiss pour ça. Mais entre numéroter une rue et effacer son nom, il y a un monde. On peut être moderne et garder la mémoire dans le même geste, c'est même tout l'art de gouverner une commune qui a une histoire. Là, on a choisi la jurisprudence Caterpillar. On casse tout. Parce qu'une rue, ce n'est pas un couloir de bureau qu'on repeint au goût du nouveau chef. Une rue, ça porte du monde dedans. Ça porte le film d'Henri Duparc, les débuts d'Akissi Delta au cinéma, les filles qui y ont survécu autant qu'elles y ont travaillé, la démolition de 2011 déjà encaissée une fois, ça porte la renaissance qu'on croyait acquise. Effacer "Princesse" pour écrire un nom d'homme vivant, c'est dire à toute une génération : votre mémoire ne pesait pas plus lourd qu'un panneau de signalisation. On la dévisse un lundi, on en revisse un autre, et hop, 35 ans de nuits de poy rangés au musée sans qu'on ait demandé l'avis du musée. Et vous pensez qu'un peuple renomme ses souvenirs sur commande administrative. Le panneau appartient à l'État. Le nom appartient à la rue. Deux propriétaires, un seul poteau, et on sait déjà lequel va gagner dans vingt ans. On est pas pressés. C'est dans peu de temps qu'on va voir la vérité. On aurait pu faire autrement. Nommer un un rond-point qui n'a pas encore d'âme, tous les matins à 5h vous nous dites à 4h que nous sommes dans le Grand Abidjan. Les chantiers ne manquent pas de bitume vierge pour honorer qui on veut. Mais non. On est allé chercher la rue qui avait déjà un nom, et un bon, pour y accrocher un nom de vivant. C'est ça, l'absurdité : pas l'hommage, l'endroit choisi pour le rendre. Rue Princesse est plus vieille que l'administration qui vient de la rebaptiser, et elle enterrera sans doute ce nom-là aussi, dans la conversation, dans les gbakas, les woyos, dans la bouche des kôrôs qui raconteront aux fouintuss "c'était là, la Princesse, avant qu'ils ne changent la plaque." La rue a de la mémoire. Les plaques, elles, s'oxydent. #KassaBiaKassa #InoussEnParle
7
27
8
107
14,051
Inouss 🎙️ retweeted
"Et voilà qu'un matin, on plante un panneau. Fond blanc, nom barré d'un trait rouge, Rue Princesse, et en dessous, en lettres capitales, comme on tamponne un dossier classé : Avenue Adama Bictogo. Un homme politique de son vivant, sur une rue qui appartenait déjà à tout le monde sauf à lui" Et la mafia continue ses actions... Kassa Bia Kassa. Merci Inouss @InoussEnParle
Tu as capote ? Tu as capote ? Tu as capote ? Il y a des rues qu'on ne renomme pas. On les use, on les use jusqu'à la corde, jusqu'à ce que le bitume connaisse le pas des noceurs mieux que leur propre femme. La Rue Princesse était de celles-là. Depuis 1990, quelques kilomètres entre Kénéya et Bel-Air, un maire de l'époque qui n'avait pas prévu, en traçant son plan, qu'il fondait un mythe. La Clinique a ouvert. Puis L'Image. Puis tout le reste. Zouglou, coupé-décalé, Meiway qui vient tourner un clip, Dahizoko qui vient boire un verre après une victoire, Jack Lang qui vient toucher du doigt ce que Paris n'a pas. Yôrô et Débor qui faisaient la tournée des maquayas. Le maquis n'a jamais demandé de permission à personne. Il a juste duré. Et voilà qu'un matin, on plante un panneau. Fond blanc, nom barré d'un trait rouge, Rue Princesse, et en dessous, en lettres capitales, comme on tamponne un dossier classé : Avenue Adama Bictogo. Un homme politique de son vivant, sur une rue qui appartenait déjà à tout le monde sauf à lui. Qu'on soit clair. Je n'ai rien contre l'ex-PAN. Il fait sa carrière et aura sa page Wikipédia bien fournie. Ce n'est pas de lui qu'il s'agit. C'est du procédé. On prend une rue qui a mis 35 ans à devenir un nom commun, on dit la Rue Princesse comme on dit le black, le djassa, en bas du pont... et on la remplace par un nom d'homme encore en poste, encore en costume, encore capable de se tromper ou de décevoir demain matin. Un homme dont le nom serait cité dans des rapports de la Cour des comptes en 2023 pour une affaire de e-visa où l'Etat n'aurait collecté que l'argent de 19 personnes sur un an (1338€ pour 73€ le visa ; fais le calcul toi même )... Le PADA dira que c'est de la technique. Une numérotation cohérente, la modernité qui range enfin nos rues dans des tiroirs. Yafoy. Numérotons. Mettons du GPS, des codes postaux, des plaques bleues à tous les carrefours de Babi, personne ne va dédja son Sohiss pour ça. Mais entre numéroter une rue et effacer son nom, il y a un monde. On peut être moderne et garder la mémoire dans le même geste, c'est même tout l'art de gouverner une commune qui a une histoire. Là, on a choisi la jurisprudence Caterpillar. On casse tout. Parce qu'une rue, ce n'est pas un couloir de bureau qu'on repeint au goût du nouveau chef. Une rue, ça porte du monde dedans. Ça porte le film d'Henri Duparc, les débuts d'Akissi Delta au cinéma, les filles qui y ont survécu autant qu'elles y ont travaillé, la démolition de 2011 déjà encaissée une fois, ça porte la renaissance qu'on croyait acquise. Effacer "Princesse" pour écrire un nom d'homme vivant, c'est dire à toute une génération : votre mémoire ne pesait pas plus lourd qu'un panneau de signalisation. On la dévisse un lundi, on en revisse un autre, et hop, 35 ans de nuits de poy rangés au musée sans qu'on ait demandé l'avis du musée. Et vous pensez qu'un peuple renomme ses souvenirs sur commande administrative. Le panneau appartient à l'État. Le nom appartient à la rue. Deux propriétaires, un seul poteau, et on sait déjà lequel va gagner dans vingt ans. On est pas pressés. C'est dans peu de temps qu'on va voir la vérité. On aurait pu faire autrement. Nommer un un rond-point qui n'a pas encore d'âme, tous les matins à 5h vous nous dites à 4h que nous sommes dans le Grand Abidjan. Les chantiers ne manquent pas de bitume vierge pour honorer qui on veut. Mais non. On est allé chercher la rue qui avait déjà un nom, et un bon, pour y accrocher un nom de vivant. C'est ça, l'absurdité : pas l'hommage, l'endroit choisi pour le rendre. Rue Princesse est plus vieille que l'administration qui vient de la rebaptiser, et elle enterrera sans doute ce nom-là aussi, dans la conversation, dans les gbakas, les woyos, dans la bouche des kôrôs qui raconteront aux fouintuss "c'était là, la Princesse, avant qu'ils ne changent la plaque." La rue a de la mémoire. Les plaques, elles, s'oxydent. #KassaBiaKassa #InoussEnParle
2
2
9
1,322
Inouss 🎙️ retweeted
"La rue a de la mémoire, les plaques, elles s'oxydent" 👏👏👏👏👏👏👏👏👏👏👏👏👏
Tu as capote ? Tu as capote ? Tu as capote ? Il y a des rues qu'on ne renomme pas. On les use, on les use jusqu'à la corde, jusqu'à ce que le bitume connaisse le pas des noceurs mieux que leur propre femme. La Rue Princesse était de celles-là. Depuis 1990, quelques kilomètres entre Kénéya et Bel-Air, un maire de l'époque qui n'avait pas prévu, en traçant son plan, qu'il fondait un mythe. La Clinique a ouvert. Puis L'Image. Puis tout le reste. Zouglou, coupé-décalé, Meiway qui vient tourner un clip, Dahizoko qui vient boire un verre après une victoire, Jack Lang qui vient toucher du doigt ce que Paris n'a pas. Yôrô et Débor qui faisaient la tournée des maquayas. Le maquis n'a jamais demandé de permission à personne. Il a juste duré. Et voilà qu'un matin, on plante un panneau. Fond blanc, nom barré d'un trait rouge, Rue Princesse, et en dessous, en lettres capitales, comme on tamponne un dossier classé : Avenue Adama Bictogo. Un homme politique de son vivant, sur une rue qui appartenait déjà à tout le monde sauf à lui. Qu'on soit clair. Je n'ai rien contre l'ex-PAN. Il fait sa carrière et aura sa page Wikipédia bien fournie. Ce n'est pas de lui qu'il s'agit. C'est du procédé. On prend une rue qui a mis 35 ans à devenir un nom commun, on dit la Rue Princesse comme on dit le black, le djassa, en bas du pont... et on la remplace par un nom d'homme encore en poste, encore en costume, encore capable de se tromper ou de décevoir demain matin. Un homme dont le nom serait cité dans des rapports de la Cour des comptes en 2023 pour une affaire de e-visa où l'Etat n'aurait collecté que l'argent de 19 personnes sur un an (1338€ pour 73€ le visa ; fais le calcul toi même )... Le PADA dira que c'est de la technique. Une numérotation cohérente, la modernité qui range enfin nos rues dans des tiroirs. Yafoy. Numérotons. Mettons du GPS, des codes postaux, des plaques bleues à tous les carrefours de Babi, personne ne va dédja son Sohiss pour ça. Mais entre numéroter une rue et effacer son nom, il y a un monde. On peut être moderne et garder la mémoire dans le même geste, c'est même tout l'art de gouverner une commune qui a une histoire. Là, on a choisi la jurisprudence Caterpillar. On casse tout. Parce qu'une rue, ce n'est pas un couloir de bureau qu'on repeint au goût du nouveau chef. Une rue, ça porte du monde dedans. Ça porte le film d'Henri Duparc, les débuts d'Akissi Delta au cinéma, les filles qui y ont survécu autant qu'elles y ont travaillé, la démolition de 2011 déjà encaissée une fois, ça porte la renaissance qu'on croyait acquise. Effacer "Princesse" pour écrire un nom d'homme vivant, c'est dire à toute une génération : votre mémoire ne pesait pas plus lourd qu'un panneau de signalisation. On la dévisse un lundi, on en revisse un autre, et hop, 35 ans de nuits de poy rangés au musée sans qu'on ait demandé l'avis du musée. Et vous pensez qu'un peuple renomme ses souvenirs sur commande administrative. Le panneau appartient à l'État. Le nom appartient à la rue. Deux propriétaires, un seul poteau, et on sait déjà lequel va gagner dans vingt ans. On est pas pressés. C'est dans peu de temps qu'on va voir la vérité. On aurait pu faire autrement. Nommer un un rond-point qui n'a pas encore d'âme, tous les matins à 5h vous nous dites à 4h que nous sommes dans le Grand Abidjan. Les chantiers ne manquent pas de bitume vierge pour honorer qui on veut. Mais non. On est allé chercher la rue qui avait déjà un nom, et un bon, pour y accrocher un nom de vivant. C'est ça, l'absurdité : pas l'hommage, l'endroit choisi pour le rendre. Rue Princesse est plus vieille que l'administration qui vient de la rebaptiser, et elle enterrera sans doute ce nom-là aussi, dans la conversation, dans les gbakas, les woyos, dans la bouche des kôrôs qui raconteront aux fouintuss "c'était là, la Princesse, avant qu'ils ne changent la plaque." La rue a de la mémoire. Les plaques, elles, s'oxydent. #KassaBiaKassa #InoussEnParle
1
1
2
302
Il y a quelque chose de profondément paradoxal dans notre rapport à l’argent public. Vous donnez 100 000 francs à un maçon pour acheter du ciment et construire un mur. Le soir, vous voulez savoir où est votre mur et ce qu’il a fait de votre argent. Vous donnez 20 000 francs à votre employée de maison pour aller au marché. À son retour, vous regardez ce qu’elle a acheté et vous demandez la monnaie. Vous donnez de l’argent à votre enfant pour accomplir une course. S’il revient sans ce que vous lui avez demandé et sans pouvoir expliquer où est passé l’argent, vous exigez immédiatement des comptes. Pourquoi ? Parce que c’est votre argent. Curieusement, dès que ce même argent passe par l’impôt, les taxes, la TVA, les droits de douane et toutes les autres recettes publiques, certains Africains semblent oublier qu’il leur appartient toujours. Ils deviennent soudainement moins exigeants. Pire : devant celui qui gère leur propre argent, ils font parfois la courbette. Un ministre construit une route avec l’argent public : on le remercie. Un directeur général inaugure un ouvrage financé par les contribuables : on le célèbre comme s’il l’avait payé de sa poche. Un responsable public dilapide des milliards : certains trouvent encore le moyen de le défendre. Quel étrange renversement des rôles ! Vous exigez des comptes à la personne à qui vous confiez 20 000 francs pour le marché, mais vous vous prosternez devant celle à qui vous confiez collectivement des milliards. L’État n’a pas d’argent magique. L’argent public vient, directement ou indirectement, de la richesse produite par la population. Un responsable public n’est donc pas votre bienfaiteur parce qu’il construit une école, un hôpital ou une route. Il est le gestionnaire d’un argent qui ne lui appartient pas. Et demander des comptes à celui qui gère votre argent n’est ni de l’ingratitude, ni de l’insolence, ni un manque de respect. C’est précisément ce que ferait n’importe quelle personne sensée avec son propre argent. La véritable absurdité, c’est d’être impitoyable pour 20 000 francs confiés à quelqu’un au marché et extraordinairement indulgent lorsque des milliards d’argent public sont mal gérés.
29
224
18
528
26,964
Échouway Échouway Échouway... 11 cm c'est au repos ou au garde à vous ? Il y a des lettres qu'on ouvre en pensant infrastructure, cantine, manuels scolaires, salaire des maîtres. On les ouvre et on tombe sur un centimètre. Pas deux, pas dix, pas douze. 11. 11 cm au-dessus de la cheville, précisément, comme si quelqu'un, quelque part au Ministère, avait sorti un mètre-ruban un jour de conseil et tranché le débat à la règle graduée. On imagine la scène : le fonctionnaire, sérieux, penché sur le tissu, mesurant la République jupe par jupe. Parce qu'il faut le dire tout net : ce n'est pas un règlement intérieur d'établissement, débattu en conseil pédagogique, ajusté selon le climat et la mission de l'école. C'est une circulaire nationale. Signée. Tamponnée. Diffusée aux Directeurs Régionaux "pour information et suivi", aux Chefs d'établissement "pour exécution", comme on transmet une consigne de sécurité routière. Et puis il y a ce mot, "aisance dans les déplacements et les activités scolaires" comme si depuis 30 ans, dans toutes les cours de Babi et d'ailleurs, les filles trébuchaient sur leurs ourlets, comme si le vrai frein à la mobilité scolaire de la jeune Ivoirienne n'était ni la distance à parcourir, ni le manque de tables-bancs, ni la classe à soixante-dix, mais un excès de tissu. On cherche la statistique qui a motivé "onze". On ne la trouve pas. On trouve juste le chiffre, seul, sûr de lui, comme descendu d'en haut ou du numéro de Dahizoko (vieux là est partout). Ce qui frappe surtout, c'est le silence sur l'autre moitié de la classe. Pas un mot sur la longueur du short des garçons, sur la largeur de leur pantalon, sur leur kaki qui sent le lundi à 8h du matin et on ne sait pour quelle raison. La "décence" scolaire, dans ce texte, a un genre, et ce n'est pas un hasard de rédaction, c'est une habitude vieille comme l'école elle-même : quand on veut discipliner une institution, on commence toujours par mesurer les filles. Ouaiye ma sœur @desiree_deneo vous souffrez dèh! Le corps féminin reste, une fois de plus, la variable qu'on ajuste en premier quand on cherche à faire de l'ordre. Et l'ordre, ici, se fait au centimètre plutôt qu'au fond. On aurait pu écrire une circulaire sur le harcèlement en milieu scolaire, les élèves et les profs qui s'entre-draguent et enchaînent les déboukéhi sur des devoirs de physique-chimie qui ne sont plus que des exercices pratiques des cours de SVT, sur l'accès des filles au secondaire dans les zones rurales, sur les grossesses précoces qui vident les classes de terminale chaque année. Non. On a choisi l'ourlet. C'est plus facile à contrôler qu'une politique éducative, et surtout, ça se voit tout de suite à l'œil nu, pas besoin de rapport, pas besoin de budget, juste un mètre et une bonne volonté de surveillant. Qu'on soit clair, encore une fois : personne ne réclame l'anarchie vestimentaire dans les établissements. Une tenue scolaire correcte, digne, adaptée, c'est une évidence partagée par tous les parents du pays. Mais entre "tenue correcte" laissée à l'appréciation pédagogique de chaque école, et "onze centimètres" gravés dans une circulaire nationale à la veille de la rentrée 2026-2027, il y a toute la différence entre éduquer et régenter. On ne fait pas grandir une fille en calculant la distance entre son ourlet et sa cheville. On la fait grandir en lui donnant une classe, un manuel, un enseignant, et le temps d'apprendre sans qu'on la mesure. La rentrée arrivera. Les surveillants sortiront peut-être vraiment leur mètre-ruban, ou peut-être, plus probablement, à l'ivoirienne, la consigne se diluera dans le bon sens du terrain, entre une directrice qui a d'autres urgences et un père qui habille sa fille comme il peut. La jupe, c'est le tailleur (toujours en retard) qui choisis la taille qu'il veut bien lui donner. Si tu as compris c'est bien. Si tu n'as pas compris aussi c'est bien. #KassaBiaKassa #InoussEnParle
1
2
5
2,428
🇧🇫🇲🇱🇳🇪 Ce lundi, l’AES a installé son tout premier Parlement confédéral, près d’un an après l’adoption des textes qui le consacrent. J’ai fait le tour des comptes officiels à la recherche de « LA photo » (ceux qui travaillent dans la communication étatique et gouvernementale me comprendront) et du meilleur compte rendu possible pour construire un bon narratif pour notre communauté de jeunes Ouest-Africains francophones. Longue et difficile a été la tâche. Après cinq années à observer, suivre et relayer la communication des pays de l'Alliance, je puis dire ceci : si l’AES investissait davantage dans sa communication, elle gagnerait encore en crédibilité, en aura et, surtout, en capacité à porter son message auprès d’un large public sur le digital. Au point, peut-être, de nous faire demander un jour : « Mais qu’est-ce qui a changé ? » De la publication des textes officiels (notamment les comptes rendus des Conseils des ministres) à la qualité des photographies institutionnelles, il y a, ma foi, tant à améliorer. Lors de certains rendez-vous confédéraux, le rendu des images est parfois si pixélisé, flou ou sombre qu’on croirait presque qu’elles ont été prises avec un téléphone d’ancienne génération. Or, l’État et la vision politique se racontent de bien des manières. Une photographie officielle raconte. Une mise en page raconte. Le choix d’un visuel raconte. La qualité d’un texte, son format et la manière dont il est pensé pour chaque canal racontent quelque chose de l’institution, de son sérieux, de ses ambitions et de l’image qu’elle entend projeter. À l’heure où le numérique s’est fait une place confortable dans la diplomatie et la communication politique, ces détails n’en sont plus vraiment. Le bon angle, le bon appareil photo, les bons réglages, la bonne technique, les bons mots et la bonne structuration du texte font la différence. Enfin, j’ai surtout envie de saisir cette occasion pour écrire aux jeunes de cet espace : s’il existe une possibilité de contribuer, voici une piste d’engagement et de service à explorer, même bénévolement. Aimer son pays, croire en sa région, c’est aussi mettre ses compétences au service de la construction d’un narratif solide et inspirant autour de ces grands moments politiques. Pas uniquement en « politologue », en « critique » ou en « décrypteur », mais aussi en relais : celui qui documente, raconte, résume, transmet et donne à voir. Vous voulez vous y mettre bénévolement ? Allez-y ! Vous voulez en faire des sujets de recherche académique, les étudier, formuler des propositions et les publier ? Qu’attendez-vous ? Il y a tant à faire grâce au & avec le digital.
4
1
6
264
Tu as capote ? Tu as capote ? Tu as capote ? Il y a des rues qu'on ne renomme pas. On les use, on les use jusqu'à la corde, jusqu'à ce que le bitume connaisse le pas des noceurs mieux que leur propre femme. La Rue Princesse était de celles-là. Depuis 1990, quelques kilomètres entre Kénéya et Bel-Air, un maire de l'époque qui n'avait pas prévu, en traçant son plan, qu'il fondait un mythe. La Clinique a ouvert. Puis L'Image. Puis tout le reste. Zouglou, coupé-décalé, Meiway qui vient tourner un clip, Dahizoko qui vient boire un verre après une victoire, Jack Lang qui vient toucher du doigt ce que Paris n'a pas. Yôrô et Débor qui faisaient la tournée des maquayas. Le maquis n'a jamais demandé de permission à personne. Il a juste duré. Et voilà qu'un matin, on plante un panneau. Fond blanc, nom barré d'un trait rouge, Rue Princesse, et en dessous, en lettres capitales, comme on tamponne un dossier classé : Avenue Adama Bictogo. Un homme politique de son vivant, sur une rue qui appartenait déjà à tout le monde sauf à lui. Qu'on soit clair. Je n'ai rien contre l'ex-PAN. Il fait sa carrière et aura sa page Wikipédia bien fournie. Ce n'est pas de lui qu'il s'agit. C'est du procédé. On prend une rue qui a mis 35 ans à devenir un nom commun, on dit la Rue Princesse comme on dit le black, le djassa, en bas du pont... et on la remplace par un nom d'homme encore en poste, encore en costume, encore capable de se tromper ou de décevoir demain matin. Un homme dont le nom serait cité dans des rapports de la Cour des comptes en 2023 pour une affaire de e-visa où l'Etat n'aurait collecté que l'argent de 19 personnes sur un an (1338€ pour 73€ le visa ; fais le calcul toi même )... Le PADA dira que c'est de la technique. Une numérotation cohérente, la modernité qui range enfin nos rues dans des tiroirs. Yafoy. Numérotons. Mettons du GPS, des codes postaux, des plaques bleues à tous les carrefours de Babi, personne ne va dédja son Sohiss pour ça. Mais entre numéroter une rue et effacer son nom, il y a un monde. On peut être moderne et garder la mémoire dans le même geste, c'est même tout l'art de gouverner une commune qui a une histoire. Là, on a choisi la jurisprudence Caterpillar. On casse tout. Parce qu'une rue, ce n'est pas un couloir de bureau qu'on repeint au goût du nouveau chef. Une rue, ça porte du monde dedans. Ça porte le film d'Henri Duparc, les débuts d'Akissi Delta au cinéma, les filles qui y ont survécu autant qu'elles y ont travaillé, la démolition de 2011 déjà encaissée une fois, ça porte la renaissance qu'on croyait acquise. Effacer "Princesse" pour écrire un nom d'homme vivant, c'est dire à toute une génération : votre mémoire ne pesait pas plus lourd qu'un panneau de signalisation. On la dévisse un lundi, on en revisse un autre, et hop, 35 ans de nuits de poy rangés au musée sans qu'on ait demandé l'avis du musée. Et vous pensez qu'un peuple renomme ses souvenirs sur commande administrative. Le panneau appartient à l'État. Le nom appartient à la rue. Deux propriétaires, un seul poteau, et on sait déjà lequel va gagner dans vingt ans. On est pas pressés. C'est dans peu de temps qu'on va voir la vérité. On aurait pu faire autrement. Nommer un un rond-point qui n'a pas encore d'âme, tous les matins à 5h vous nous dites à 4h que nous sommes dans le Grand Abidjan. Les chantiers ne manquent pas de bitume vierge pour honorer qui on veut. Mais non. On est allé chercher la rue qui avait déjà un nom, et un bon, pour y accrocher un nom de vivant. C'est ça, l'absurdité : pas l'hommage, l'endroit choisi pour le rendre. Rue Princesse est plus vieille que l'administration qui vient de la rebaptiser, et elle enterrera sans doute ce nom-là aussi, dans la conversation, dans les gbakas, les woyos, dans la bouche des kôrôs qui raconteront aux fouintuss "c'était là, la Princesse, avant qu'ils ne changent la plaque." La rue a de la mémoire. Les plaques, elles, s'oxydent. #KassaBiaKassa #InoussEnParle
7
27
8
107
14,051