Pinned Tweet
Je vais t'expliquer pourquoi la France s'effondre sur elle-même, et pourquoi je pense qu'on peut encore s'en sortir.
D'abord, qui je suis. Ingénieur logiciel depuis plus de quinze ans, je suis passé par l'entreprise et le conseil. Mon métier consiste à comprendre pourquoi un système ne fonctionne pas, puis à le corriger.
Je ne suis pas devenu libéral par idéologie.
Chaque fois que j'ai confronté ce que je croyais à la réalité, au travail, sur ma fiche de paie, dans les comptes publics ou sur le terrain social, j'ai dû réviser mes idées.
À force, j'ai fini du côté de l'école autrichienne.
C'est un courant d'économistes né à Vienne à la fin du XIXe siècle. Son point de départ est simple : personne, pas même un ministre, ne sait mieux que toi ce que vaut ton travail ni ce que tu dois faire de ton argent.
Alors, qu'est-ce qui ne marche pas en France ?
Le problème de fond, c'est une idée, celle que l'État doit tout prendre en charge :
Ta santé
Ta retraite
Ton logement
Ton emploi
Ton pouvoir d'achat
Cette promesse coûte très cher, et quelqu'un doit la payer.
Ce quelqu'un, c'est toi, et plus largement tous ceux qui travaillent et produisent.
Pour tenir sa promesse, l'État prélève toujours plus. Quand les impôts ne suffisent plus, il emprunte.
Or une dette se rembourse avec les impôts de demain. Il prélève donc aussi sur ceux qui travailleront plus tard, y compris tes enfants.
Pour gérer tout cet argent, il faut une administration énorme :
Des normes
Des formulaires
Des agences
Des contrôles.
Chaque nouvelle règle en appelle une autre, et chacune doit être financée.
Du coup, l'argent n'arrive plus là où il devrait aller.
Chaque euro absorbé par la gestion, la coordination et le contrôle est un euro qui n'arrive pas sur le terrain :
À l'hôpital
À l'école
Au commissariat.
Tu paies de plus en plus, et tu vois pourtant les services se dégrader.
En parallèle, travailler plus rapporte de moins en moins. Créer une entreprise devient un parcours d'obstacles. Ceux qui le peuvent partent travailler et investir ailleurs.
Un pays où produire ne rapporte plus finit par s'appauvrir.
La colère des Français est donc légitime. La fiscalité les étouffe.
Bien sûr, chacun touche quelque chose :
Une aide
Une prime
Une exonération.
Mais ce que chacun touche, il l'a d'abord payé, et souvent bien plus cher. Tout le monde essaie de vivre aux dépens de tout le monde, et à la fin, tout le monde y perd.
Sauf que cette colère se trompe de cible.
Face à un problème causé par trop d'État, on réclame encore plus d'État. Plus de dépenses, plus d'aides, plus de taxes sur les autres.
On demande davantage de socialisme pour soigner les effets du socialisme. C'est ça, la tragédie française.
Et on nous l'a transmise. Toute une génération a grandi en entendant que ses difficultés venaient toujours d'ailleurs : de la pauvreté, du système, d'un État qui n'en ferait pas assez.
On lui a appris à réclamer avant de lui apprendre à construire.
Aujourd'hui, ces jeunes héritent de la dette et de la colère, sans les outils pour s'en sortir.
Pourquoi ne pas tout simplement réformer ?
Parce que notre modèle social a été construit pour un monde qui n'existe plus. Il a été mis en place après la guerre, à une époque où l'économie française progressait de plus de 5 % par an et où les naissances explosaient. Il y avait beaucoup de jeunes actifs pour peu de retraités, et la croissance remplissait les caisses toute seule.
Aujourd'hui, la croissance tourne autour de 1 %, la population vieillit, et chaque actif doit financer toujours plus de monde.
Le modèle n'a pas été pensé pour ça.
En 1975, l'Américain John Gall publie Systemantics, un petit livre sur la façon dont les systèmes échouent.
Il y énonce une règle que tout ingénieur a constatée un jour : un système complexe qui fonctionne a toujours commencé comme un système simple qui fonctionnait.
À l'inverse, un système complexe conçu d'un seul bloc ne fonctionne jamais durablement, et aucune retouche ne le répare.
Notre modèle social correspond exactement à ce cas. Il a été conçu d'un bloc pour le monde d'après-guerre, puis corrigé loi après loi quand ce monde a disparu.
Chaque gouvernement ajoute des règles, presque aucun n'en retire.
Les réformes successives ne le réparent pas, elles le compliquent.
Les chiffres le montrent.
En 2007, la dette publique représentait 65,5 % de ce que la France produit en un an.
Début 2026, elle en représente 117,5 %.
Et la colère revient.
Après les Gilets jaunes en 2018, le gouvernement a dû ouvrir une cellule de crise avant les manifestations du 17 octobre contre la vie chère.
Je vois la suite arriver : un État de plus en plus faible, des tensions de plus en plus fortes, et des prêteurs qui finiront par imposer ce que les politiques n'ont jamais osé faire.
Or un État surendetté qui cherche de l'argent finit toujours par regarder du côté de l'épargne de ceux qui en ont encore. La tienne, par exemple.
C'est pour ça que je m'intéresse à Bitcoin.
Bitcoin applique la règle de Gall à la monnaie.
C'est un système simple, lancé en 2009, avec des règles connues de tous : 21 millions d'unités au maximum, un rythme de création fixé à l'avance, et personne ne peut changer ces règles en cours de route.
Pas de ministre
Pas de banque centrale
Pas de vote de nuit pour créer de la monnaie en plus.
Ce système simple a fonctionné, et il a grandi. Il pousse jusqu'au bout l'idée de l'école autrichienne : une monnaie que personne ne peut créer à volonté pour financer ses promesses.
Ton épargne ne peut pas être diluée, et si tu la gardes toi-même, personne d'autre que toi ne peut y toucher.
Je ne vends rien et je ne promets aucun rendement.
J'ai construit bitcoindecoded.fr : un parcours gratuit, sans compte ni email, où chaque affirmation est sourcée et le code est ouvert.
Trois modules, environ deux heures, pour comprendre d'où vient ton argent, pourquoi il perd de la valeur et ce que Bitcoin change.
Si tu me suis, c'est que tu sens que quelque chose ne va pas.
Tu as raison.
Et tu as plus de prise qu'on veut te le faire croire : sur ce que tu apprends, ce que tu produis, ce que tu épargnes et l'endroit où tu le gardes.
Commence par comprendre.
Le reste suivra.
"Macron est dépassé." Je lis ça partout depuis samedi.
Je pense l'inverse et j'assume que ça n'engage que moi.
Pour ceux qui ont raté le week-end : des manifestations contre la vie chère, les 16 et 17 octobre, qui virent en émeutes dans plusieurs grandes villes. Commerces pillés à Rouen, Nancy, Lyon, Marseille, Paris.
Et sur les réseaux, une peur nouvelle circule : après les boutiques, ce seront nos appartements.
Cette peur arrange quelqu'un.
Mets-toi à la place du camp présidentiel. La présidentielle est dans six mois.
Côté bilan, il a une dette record, des prélèvements parmi les plus lourds du monde et des services publics qui reculent.
Sur le terrain des arguments, il a perdu d'avance. Il lui reste un épouvantail : le désordre.
Et cet épouvantail travaille dans les deux sens.
Tu penses voter Rassemblement national ? On te dira que les quartiers s'embraseront le soir même. Tu penses voter LFI ? On te dira que ce serait donner les clés aux amis des casseurs.
Entre les deux, il ne reste qu'une case rassurante, celle du camp en place.
Le slogan n'est jamais prononcé, mais tout le monde l'entend : moi ou le chaos.
Pour que ça marche, pas besoin de complot. Il suffit de laisser les images tourner un peu plus longtemps que nécessaire.
Le psychologue Daniel Kahneman, prix Nobel d'économie en 2002, a passé sa carrière à montrer une chose simple : perdre nous fait beaucoup plus mal que gagner ne nous fait plaisir. Il appelait ça l'aversion à la perte.
Un électeur qui a peur pour son appartement ne vote pas pour changer de vie. Il vote pour ne rien perdre.
Samedi soir, l'hôtel de ville de Limoges, classé monument historique, a brûlé.
Pour un électeur qui hésite, cette image pèse plus lourd que n'importe quel programme.
On m'objectera les 1 200 interpellations.
Je ne doute pas une seconde du courage des policiers sur le terrain. Je doute de l'envie de ceux qui décident d'avoir un pays calme six mois avant le vote.
C'est une lecture personnelle, sans preuve d'un plan écrit quelque part. Mais jusqu'ici, les faits ne la contredisent pas.
La première règle du pouvoir, c'est de rester au pouvoir. Celui-là l'applique à la perfection.
Stratégie du pourrissement validée !
Ce soir à 20 h, Manu Macron parle aux Français. Je te fais le spoiler gratuitement.
Il va condamner les violences, saluer le courage des forces de l'ordre et dire qu'il entend la colère.
Mais demain matin, aucune dépense n'aura été coupée, aucune taxe supprimée, et le déficit continuera de grossir tranquillement.
C'est le déroulé de ma petite prophétie avec la variante "pourrissement de la situation comme méthode de gouvernement".
Samedi, des centaines de milliers de personnes ont défilé contre la vie chère, avec un diagnostic juste : tout coûte trop cher, l'injustice est partout, le pouvoir les méprise. Leurs revendications, en revanche, c'est + d'État et + d'argent public. Donc + de ce qui les appauvrit. Le drame français c'est de désirer ce qui cause leur perte.
Puis la casse a volé la vedette aux cortèges.
Bilan provisoire du ministre de l'Intérieur ce dimanche :
+ de 2 000 interpellations,
+ de 600 policiers, gendarmes et pompiers blessés.
Ces images travaillent pour le pouvoir. Chaque vitrine qui explose pose la même question à l'électeur : si c'est déjà ça aujourd'hui, imagine avec le RN ou LFI à l'Élysée. La peur fait campagne à la place du gouvernement, et contribue à ce qu'il reste en place par les urnes.
Honoré de Balzac a raconté ce piège en 1831, dans "La Peau de chagrin". Raphaël de Valentin, un jeune homme ruiné, reçoit d'un antiquaire une peau d'âne sauvage qui exauce tous ses vœux. Mais elle rétrécit à chaque vœu, et sa vie avec. Terrifié, il s'enferme chez lui et s'interdit de désirer quoi que ce soit, pour gagner du temps.
La peau rétrécit quand même.
Le statu quo français marche pareil. On ne réforme rien pour ne rien risquer : les intérêts de la dette tombent, les marchés regardent les images de samedi, la France devient moins crédible.
Alors ce soir, écoute bien le discours. Et pendant qu'il parle, mets ton épargne à l'abri.
Ce soir à 20 h, Manu Macron parle aux Français. Je te fais le spoiler gratuitement.
Il va condamner les violences, saluer le courage des forces de l'ordre et dire qu'il entend la colère.
Mais demain matin, aucune dépense n'aura été coupée, aucune taxe supprimée, et le déficit continuera de grossir tranquillement.
C'est le déroulé de ma petite prophétie avec la variante "pourrissement de la situation comme méthode de gouvernement".
Samedi, des centaines de milliers de personnes ont défilé contre la vie chère, avec un diagnostic juste : tout coûte trop cher, l'injustice est partout, le pouvoir les méprise. Leurs revendications, en revanche, c'est + d'État et + d'argent public. Donc + de ce qui les appauvrit. Le drame français c'est de désirer ce qui cause leur perte.
Puis la casse a volé la vedette aux cortèges.
Bilan provisoire du ministre de l'Intérieur ce dimanche :
+ de 2 000 interpellations,
+ de 600 policiers, gendarmes et pompiers blessés.
Ces images travaillent pour le pouvoir. Chaque vitrine qui explose pose la même question à l'électeur : si c'est déjà ça aujourd'hui, imagine avec le RN ou LFI à l'Élysée. La peur fait campagne à la place du gouvernement, et contribue à ce qu'il reste en place par les urnes.
Honoré de Balzac a raconté ce piège en 1831, dans "La Peau de chagrin". Raphaël de Valentin, un jeune homme ruiné, reçoit d'un antiquaire une peau d'âne sauvage qui exauce tous ses vœux. Mais elle rétrécit à chaque vœu, et sa vie avec. Terrifié, il s'enferme chez lui et s'interdit de désirer quoi que ce soit, pour gagner du temps.
La peau rétrécit quand même.
Le statu quo français marche pareil. On ne réforme rien pour ne rien risquer : les intérêts de la dette tombent, les marchés regardent les images de samedi, la France devient moins crédible.
Alors ce soir, écoute bien le discours. Et pendant qu'il parle, mets ton épargne à l'abri.
Petite prophétie du lundi.
Des centaines de milliers de serveurs ont tourné pendant des mois pour la compresser.
Bon, en vrai c'est moi, un dimanche soir, mais la limite est la même : cinq ans. Au-delà, personne ne voit rien.
Stephen Hawking, le physicien britannique qui a passé sa vie à étudier les trous noirs, avait un nom pour ce genre de limite : l'horizon des événements, la frontière au-delà de laquelle aucune lumière ne revient.
Quand il a écrit Une brève histoire du temps en 1988, on l'avait prévenu que chaque équation diviserait ses ventes par deux. Il n'en a gardé qu'une.
Je fais pareil : pas d'équation, juste deux astres.
Le premier, c'est le progrès de l'IA. Il accélère de façon exponentielle, tu le vois chaque semaine.
Le second, c'est l'adoption de l'IA par les entreprises et par l'État. Lui suit une orbite bien plus lente, la vieille courbe d'adoption qui traîne longtemps avant de s'emballer d'un coup. Les deux astres s'attirent déjà, mais ils ne se sont pas encore touchés.
Du coup tu vis un truc bizarre : le soir tu regardes des démos qui font peur, et le lendemain tu remplis un formulaire en trois exemplaires.
Or pendant que ces deux corps se rapprochent, un troisième s'effondre sur lui-même : la France.
Une étoile qui a épuisé son carburant se contracte lentement sous son propre poids.
Notre poids à nous, c'est une dette publique de 3 595 milliards d'euros mi-2026, à peu près dix fois celle de la Grèce au moment de sa mise sous tutelle en 2010. Et en face, seulement 18 % des entreprises françaises d'au moins dix salariés utilisaient l'IA en 2025.
Donc la collision va arriver dans le mauvais ordre.
D'abord la contraction. Aucun gouvernement n'assumera de couper dans la dépense, les grèves vont s'enchaîner, et les décisions difficiles seront refilées à la Banque centrale européenne, qui posera ses conditions pour continuer à acheter notre dette.
Pas au FMI : la France est trop lourde pour lui.
Et comme on est l'un des plus gros astres de la zone euro, notre chute va tordre la trajectoire de tous nos voisins.
Pourtant c'est après ce choc que l'adoption devrait enfin s'emballer, et que la productivité promise par l'IA touchera l'économie réelle.
Le pays se relèvera probablement grâce à cette collision.
Mais entre les deux, il y a la traversée.
Tu peux me traiter de Cassandre.
Mets quand même ton épargne hors de portée de la gravité avant qu'elle ne s'applique.
Bitcoin fix this.
Toi aussi t'es triste ? Alors lis bien ce qui suit.
L'hôtel de ville de Limoges avait été inauguré en 1883.
Des émeutiers l'ont incendié en fin d'après-midi, à la fin d'une journée de mobilisation nationale contre la vie chère. Vers 20 h 30, le campanile, la tour qui servait d'emblème à la ville, s'est effondré.
Ces dégradations produisent une énorme facture à la fin.
Et cette facture, les auteurs de l'incendie ne la recevront jamais. Assurance ou pas, c'est l'argent des habitants qui paiera :
en impôts locaux,
en primes plus chères,
ou via l'État si les contribuables de tout le pays mettent la main à la poche.
Celui qui casse et celui qui paie ne sont jamais la même personne.
Pourtant, dans les jours qui viennent, tu vas entendre un argument rassurant : "au moins, la reconstruction fera travailler les entreprises du coin".
Cet argument a été démonté il y a exactement 176 ans.
En 1850, l'économiste Frédéric Bastiat, député des Landes, publie un petit texte intitulé "Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas". Il commence par une scène banale : le fils d'un commerçant casse une vitre. Les voisins consolent le père en lui disant que ça fera vivre le vitrier. Bastiat leur répond que l'argent de la vitre, le commerçant l'aurait dépensé ailleurs : une paire de souliers, un livre. On voit le vitrier au travail. On ne voit pas les souliers qui n'ont jamais été achetés.
À Limoges, c'est pareil. Chaque euro mis dans la reconstruction est un euro qui ne servira ni à une école, ni à une baisse d'impôt, ni à ton propre budget. La ville ne gagne aucun nouveau chantier. Elle paie une seconde fois un même bâtiment.
Du coup, cette mobilisation contre la vie chère a rendu la vie un peu plus chère pour tout le monde.
Et ce résultat n'a rien d'un accident.
Dans un système socialiste, qui promet que le collectif paiera tout, les retraites, les déficits et maintenant les dégâts, détruire ne coûte plus rien à celui qui détruit. Chacun finit par vouloir vivre aux dépens de tout le monde, et plus personne ne protège ce qui appartient à tous.
Ce système produit du chaos, du désordre, de la colère et de la pauvreté.
Si t'as fait une école d'ingénieur en France, tu connais forcément quelqu'un qui travaille aujourd'hui aux US.
Peut-être même sur la conception de la voiture qui, cette nuit, a sauté par-dessus cinq autres voitures au Texas.
Sur un site d'essai de SpaceX, Tesla a présenté son nouveau Roadster. La voiture grimpe une rampe à la verticale, roule la tête en bas, décolle, fait un tonneau dans le vide et se repose sur ses roues grâce à de petits propulseurs. Elle ne remplace pas encore l'avion, et la production est prévue pour 2028. Mais une voiture qui vole n'appartient plus aux films de sciences-fiction.
Pendant ce temps, en Europe, nos bureaucrates se demandent déjà quelle norme lui appliquer.
Ça me rend triste, parce qu'on avait tout pour la construire ici. Les écoles, les labos, les cerveaux. On forme ces ingénieurs, on paie leurs études, puis on les regarde partir construire ailleurs ce qu'ils auraient pu construire chez nous.
Ils partent parce que le système français punit exactement ce qu'ils savent faire : prendre un risque, créer ce qui n'existait pas, et en vivre.
Le socialisme prélève une richesse qu'il ne sait pas créer. Il taxe celui qui produit pour financer celui qui réclame, et il appelle ça "solidarité". Au bout de cinquante ans, ce racket fiscal ne vide pas seulement les poches, il change les têtes. On apprend qu'il rapporte plus de demander une part du gâteau que d'en cuire un, et que celui qui réussit a forcément volé quelqu'un.
C'est la logique du panier de crabes : dès que l'un d'eux approche du bord, les autres le tirent vers le fond.
Le philosophe allemand Friedrich Nietzsche avait décrit cet état d'esprit dès 1883, dans "Ainsi parlait Zarathoustra". Il l'appelait le "dernier homme" : un homme qui a renoncé à tout ce qui est difficile, qui veut que tout le monde soit égal et au chaud, sans aspérité.
Le dernier homme laisse les autres rêver, il se contente de leur demander à quoi ça sert.
Et c'est ce qu'on va lire toute la journée sous les vidéos du Roadster. À quoi ça sert, encore un jouet de milliardaire, et le climat ? Une société qui ne sait plus désirer le progrès finit par mépriser ceux qui le font.
Pourtant, ces peuples finissent par en payer les conséquences.
Quand Javier Milei devient président de l'Argentine fin 2023, l'inflation dépasse 211 % sur un an, après des décennies de dépense publique et de planche à billets. Il coupe dans l'État, et en 2025 elle tombe à 31,5 %, son plus bas niveau depuis 2017. Le chiffre reste élevé, mais l'Argentine a prouvé qu'un pays peut se réveiller et rejeter ce qui l'appauvrit.
L'Europe s'est crue arrivée à la fin de l'histoire, installée pour toujours dans son confort. Elle découvre aujourd'hui que le confort n'est pas gratuit.
Elle peut continuer à vivre comme Bruxelles, en planifiant tout et en ne risquant plus rien. Ou se rebâtir une Grande Sparte, une capitale du courage, pour une Europe qui a de nouveau envie de conquérir le futur.
Le prochain Roadster peut décoller de Toulouse ou d'Hambourg. Il suffit d'arrêter de faire payer ceux qui veulent construire.
L'IA et Bitcoin me donnent le vertige.
Et pour une fois, je n'arrive pas tout à fait à savoir si c'est de la peur ou de l'espoir.
J'ai passé des années dans l'ingénierie et le conseil. Mon métier, c'est de comprendre comment un système fonctionne et où il va. Avec ces deux-là, Bitcoin et IA, je vois très bien comment ils fonctionne.
Je ne vois pas jusqu'où ils nous emmènent.
Alors je vais essayer de te raconter ce que je vois, dans l'ordre. Et tu me diras si tu ressens la même chose.
Commençons par Bitcoin, parce que c'est lui qu'on comprend le moins. Tout ce que tu mets en ligne peut être dupliqué à l'infini. Tu envoies une photo à un ami : il l'a, et tu l'as toujours. C'est la grande force d'internet.
C'est aussi sa grande limite.
Une monnaie qu'on peut copier ne vaut rien. Si je pouvais dupliquer mes euros comme je duplique un fichier, ils n'auraient plus aucune valeur. Pendant trente ans, internet a donc transporté de l'information, des images, de la musique, mais jamais de valeur qui lui appartienne. Pour payer en ligne, il fallait toujours qu'une banque, quelque part, tienne le registre à sa place.
Bitcoin est la première chose numérique qu'on ne peut pas dupliquer.
Je l'explique toujours de la même façon : internet fait du copier-coller, Bitcoin fait du couper-coller. Quand tu envoies un bitcoin, il quitte ta poche et arrive dans celle de l'autre. Tu ne l'as plus, et personne ne peut le dupliquer en cours de route. Pour la première fois, un objet numérique se comporte comme un objet du monde physique.
Sauf que pour tenir cette promesse, il faut quelque chose de réel.
Ce quelque chose, c'est l'énergie. Partout dans le monde, des machines dépensent de l'électricité pour valider chaque page du registre de Bitcoin. Cette dépense laisse une trace que n'importe qui peut vérifier. Pour la falsifier, il faudrait tout refaire, en dépensant à nouveau la même énergie.
Quand j'ai capté ça, j'ai pensé au feu.
Quand nos ancêtres ont appris à maîtriser le feu, ils ont transformé du bois en chaleur, en lumière, en repas cuits. Une bûche brûlée ne revient jamais. Bitcoin fonctionne pareil : l'énergie dépensée est perdue pour toujours, et c'est justement ce qui prouve que la valeur est réelle.
Ceux qui parlent de gaspillage ne regardent que le bois.
Ils oublient ce que ce feu rend possible : une rareté qu'aucun État et aucune entreprise ne peut fabriquer d'un clic. Depuis le lancement du réseau en 2009, la règle n'a pas bougé : il n'y aura jamais plus de 21 millions de bitcoins. Aucune banque centrale ne peut en imprimer davantage. Aucun gouvernement ne peut en créer pour boucler son budget.
Pour la première fois, le monde physique et le monde numérique sont reliés par un fil solide.
Maintenant, ajoute l'IA.
Le mot cyberespace a été popularisé en 1984 par William Gibson, un auteur de science-fiction, dans son roman Neuromancien. Il y imaginait un réseau où vivent des hackers et des intelligences artificielles capables d'agir par elles-mêmes. À l'époque, c'était un décor de roman. Quarante ans plus tard, on y est.
L'IA apporte l'intelligence au cyberespace. Bitcoin lui apporte une monnaie.
Les deux se complètent. Une IA peut réfléchir, planifier, écrire du code, négocier. Mais jusqu'ici, elle ne pouvait rien posséder ni rien payer sans passer par un humain et son compte en banque. Avec une monnaie propre au réseau, ce verrou saute. Un agent IA peut payer un autre agent pour un calcul, louer de la puissance de serveur ou rémunérer un service, en quelques secondes et sans intermédiaire.
C'est le premier temps.
Le deuxième temps, c'est celui qui me donne le vertige.
Le médecin Laurent Alexandre, cofondateur de Doctissimo, alerte depuis des années sur le moment où l'IA dépassera nos capacités intellectuelles. Il en a fait un livre en 2017, La Guerre des intelligences. Il y parlait surtout d'école et d'emploi. Mais si des agents IA peuvent se payer entre eux, ce dépassement arrive aussi en économie.
Imagine juste des millions d'agents qui échangent, coopèrent, investissent et se spécialisent, à une vitesse qu'aucun humain ne peut suivre. Au début, ils travaillent pour nous. Puis, petit à petit, ils travaillent entre eux. Ils pourraient finir par avoir leurs propres priorités, leurs propres règles du jeu, leur propre façon de mesurer ce qui a de la valeur.
Une économie qui ne serait plus tout à fait la nôtre.
Et je vais être honnête avec toi : je suis incapable d'imaginer à quoi elle ressemblerait. Personne n'en est capable. Quand on pose les fondations d'un monde, on ne sait pas toujours qui va l'habiter.
C'est la partie qui m'inquiète.
On pourrait accoucher de quelque chose qui nous échappe complètement. Une société transformée si profondément que la place de l'être humain serait à redéfinir. Un monde dont on ne serait plus le centre, construit de nos propres mains.
Pourtant, je ne suis pas un pessimiste.
Le feu a toujours fait les deux. Il a brûlé des villes entières, et il a permis de cuire, de forger, de soigner, de veiller ensemble tard le soir. Aucun de nos ancêtres n'a renoncé au feu parce qu'il brûlait les doigts. Ils ont appris à s'en servir.
Si l'intelligence devient abondante, le champ des possibles s'ouvre d'un coup. Des maladies qu'on croit incurables pourraient reculer. On pourrait vivre plus longtemps, et en meilleure santé. On pourrait passer moins de temps à subir, et plus de temps à ce qui compte : être avec ceux qu'on aime, construire ce qui nous passionne, prendre soin des autres.
Le travail resterait. Mais il pourrait redevenir un choix.
C'est tout le paradoxe. On est peut-être en train de créer une intelligence et une économie qui nous dépassent. Et en même temps, on ouvre peut-être la porte à la plus grande amélioration de nos vies depuis très longtemps.
Je ne sais pas ce qu'on va construire autour de ce feu.
Mais ce feu-là, on ne l'a volé à personne. Et je préfère apprendre à m'en servir.
Pour répondre à une lycéenne qui veut pouvoir aller en cours, L'Humanité a sorti les néonazis.
Sur LCI, des lycéens et des profs débattaient de l'école. Face au porte-parole des blocages, une lycéenne de l'UNI a dit trois choses : bloquer un lycée prive de cours ceux qui veulent étudier, la violence a fini par remplacer la cause, et le niveau s'effondre.
Le lendemain, une journaliste de L'Humanité lui répond en vidéo. D'après elle, cette jeune femme veut faire des élèves de "sages petits soldats du capitalisme", nourris à la valeur travail et à la culture de l'excellence.
Relis bien.
On lui reproche de vouloir travailler.
Ça m'a rappelé Don Quichotte. En 1605, Miguel de Cervantes raconte l'histoire d'un petit noble espagnol qui a lu tant de romans de chevalerie qu'il ne voit plus le monde réel. Un matin, il aperçoit des moulins à vent et les prend pour des géants. Il charge, lance en avant, et une aile du moulin l'envoie rouler dans la poussière.
Une partie de la gauche en est exactement là.
Elle a grandi avec les romans de l'antifascisme des années 30, et elle voit des géants partout.
Une lycéenne qui parle de maths devient une menace. Un parent qui veut que son fils ait son bac devient un réac.
Sauf que le chevalier a besoin de ses géants. Sans eux, il n'est qu'un homme en armure rouillée au milieu d'un champ.
Du coup, plus le débat lui échappe, plus il en voit. Quand l'argument manque, le mot "facho" sert de lance.
Et cette armure, c'est toi qui la paies. L'Humanité est le quotidien le plus soutenu par l'État rapporté à ses ventes : en 2017, près de 4,2 millions d'euros d'aides à la presse, soit environ 46 centimes par exemplaire, selon les chiffres du ministère de la Culture. Les parents de la lycéenne qui veut bosser financent donc le journal qui la traite de petit soldat.
Le plus drôle, c'est que sur ce plateau, celui qui voyait des choses qui n'existent pas, c'était le lycéen de gauche. Face à une femme noire, il a supposé qu'elle venait forcément d'un quartier difficile. Juger quelqu'un à sa couleur avant de l'écouter, c'est précisément la grille qu'on prétend combattre.
L'antifascisme des années 30 était une tragédie. Rejoué contre une ado qui veut réviser ses maths, il tourne à la farce.
Le chevalier peut charger autant qu'il veut. Les moulins tournent.
Le RN a présenté son budget pour 2027 aujourd'hui. On continue de mener les Français en bateau.
Sur le papier, Marine Le Pen prend trois engagements.
D'abord, 140 milliards d'économies d'ici 2032. Les économies montent petit à petit, et c'est seulement en 2032 que l'État dépenserait 140 milliards de moins par an qu'aujourd'hui.
Ensuite, un déficit sous les 3 % en 2030. Le déficit, c'est l'argent que l'État dépense sans l'avoir, et qu'il emprunte chaque année. Les règles européennes le limitent à 3 % de la richesse du pays, et la France dépasse ce plafond presque en permanence.
Enfin, une "règle d'or" dans la Constitution, qui interdirait aux futurs gouvernements de voter un budget trop en déficit.
Ça sonne sérieux.
Sauf que l'essentiel de l'effort arrive à la fin du voyage.
Pour comprendre ce qui cloche, il faut remonter à Homère. Dans L'Odyssée, le poème grec qui raconte le retour d'Ulysse chez lui après la guerre de Troie, son navire doit passer devant l'île des Sirènes. Leur chant est si beau que les marins qui l'entendent foncent sur les récifs.
Ulysse prend donc ses précautions avant. Il bouche les oreilles de ses marins avec de la cire, se fait attacher au mât et ordonne qu'on serre les cordes s'il supplie qu'on le libère.
Il s'attache avant d'entendre le chant, parce qu'il sait qu'après, il n'aura plus la force de résister.
Le RN fait l'inverse. Il traverse tout le chant les mains libres, et promet de s'attacher en 2032, une fois l'île passée.
Autant dire jamais.
Pourquoi ? Parce que le chant des Sirènes, c'est son propre programme : garder les retraites, les aides et les administrations, sans rien retirer à personne. S'attacher maintenant, ce serait se boucher les oreilles devant ses propres promesses.
Alors chez le RN, le mât sert à autre chose. Ulysse s'y attachait. Le RN y hisse un drapeau français.
L'État-providence reste le même, il servira simplement d'abord les Français. Et la fierté du drapeau doit faire oublier que la coque prend l'eau.
Et ça se voit dans le détail.
Sur les retraites, on garde la répartition : les actifs d'aujourd'hui paient les pensions d'aujourd'hui, alors qu'il y a de moins en moins d'actifs pour chaque retraité. Le RN promet même un départ plus tôt pour certaines catégories.
Sur les aides sociales, rien ne change. On promet de chasser les "abus", ces jolis mots qu'on entend à chaque budget depuis Bruno Le Maire.
Sur l'administration, on supprime des postes, mais on garde pratiquement toutes les structures.
Marine Le Pen l'a d'ailleurs dit elle-même en septembre : ses économies ne se feront "pas en allant retirer des droits aux Français". Pendant ce temps, la Cour des comptes prévoit que les retraites perdront plus de 15 milliards par an en 2035, et 30 milliards en 2045.
Le RN propose de piloter un bateau ivre en vendant une croisière.
Sarah Knafo, elle, change de cap avant d'arriver devant l'île.
Elle réduit ce que fait l'État.
Elle ouvre la retraite à la capitalisation, où chacun épargne pour sa propre pension.
Et elle rend de l'argent à ceux qui travaillent en supprimant la CSG, ce prélèvement que tu retrouves sur chaque fiche de paie.
Le rameur voit enfin la différence à la fin du mois.
Le RN, c'est du socialisme avec un drapeau français au mât.
La France a la droite qu'elle mérite. Elle se tapera la crise qui va avec.
Tu passes au distributeur avant d'aller bosser, et l'écran t'annonce que ton retrait est plafonné. Tu entres dans l'agence, le conseiller baisse les yeux : il n'a pas le droit d'en dire plus. L'argent est sur ton compte, mais il ne t'appartient plus vraiment.
Si tu as déjà accompagné un parent sous tutelle à sa banque, tu connais cette sensation.
Je pense que la France y va, et le raisonnement tient en peu d'étapes.
Pour éviter ce lundi, il faudrait couper franchement dans la dépense au lieu d'empiler les taxes. Or couper demande un élu prêt à perdre la prochaine élection, et la présidentielle arrive. Donc personne ne coupera. Donc la dette continuera de grossir, les prêteurs demanderont plus cher pour nous prêter, la confiance s'usera, et la rue grondera bien plus fort que les cortèges lycéens d'aujourd'hui.
Au bout de cette chaîne, il y a un juge des tutelles.
En droit, quand une personne ne peut plus gérer ses affaires et que sa famille non plus, le juge confie les comptes à un mandataire extérieur. Pour un pays de la taille de la France, ce mandataire ne peut être que la Banque centrale européenne, la seule assez grosse pour racheter notre dette et calmer les prêteurs. Elle ne le fera qu'en échange de conditions écrites à Bruxelles.
Le gouvernement les appliquera en expliquant qu'il n'y est pour rien, et pour une fois il dira presque vrai.
L'ironie, c'est l'identité du majeur protégé.
En 1840, Alexis de Tocqueville, jeune magistrat français revenu d'un voyage d'étude aux États-Unis, se demandait quelle forme de despotisme menacerait les démocraties modernes, la France comprise. Sa réponse : un pouvoir "immense et tutélaire" qui garderait les citoyens dans une enfance perpétuelle. L'État français a endossé ce rôle avec zèle. Il gère ta retraite, ta santé, ton épargne. Le tuteur a simplement dépensé plus que le patrimoine qu'on lui confiait.
Ce lundi matin n'a rien d'imaginaire. Les Grecs l'ont vécu en juillet 2015 : banques fermées trois semaines, 60 euros par jour au distributeur.
Et si trois semaines te paraissent supportables, regarde la suite.
Les contrôles sur les mouvements d'argent ont duré jusqu'en 2019.
Le salaire minimum a baissé de 22 % dès 2012.
Les pensions ont été rabotées à répétition.
Et l'économie a perdu environ un quart de sa taille.
Au pire de la crise, un actif sur quatre était au chômage, et plus d'un jeune sur deux.
Des centaines de milliers de Grecs, souvent les plus diplômés, sont partis.
À Athènes, les commerces fermaient, les hôpitaux manquaient de tout, les manifestations tournaient à l'émeute, et un parti néonazi est entré au Parlement.
Pourtant, la Grèce n'a jamais quitté l'euro. Le tuteur n'a pas eu besoin de dévaluer la monnaie : il a dévalué les salaires, les pensions et l'épargne. En 2012, ceux qui avaient prêté à l'État grec ont perdu plus de la moitié de leur mise.
Or chez nous, l'inventaire est déjà prêt. Ton livret A est garanti par l'État, donc par le futur majeur protégé. Le fonds euros de ton assurance vie est rempli de sa dette, et la loi Sapin 2 permet depuis 2016 d'en geler les retraits pendant trois mois, renouvelables.
Une tutelle peut pourtant être levée. Le jour où la France vivra de ce qu'elle produit, avec une administration assez maigre pour confier à l'IA ce qu'elle faisait à la main, elle retrouvera sa capacité. Et la génération qui aura traversé ça saura compter.
Ce sera dur pour tout le monde.
Les temps durs font des hommes solides, mais ils sont plus doux pour ceux qui auront fait leurs valises à temps, ou mis une partie de leurs économies hors de portée du tuteur.







